Jardins de France 9: 144-147 (1863)

OBSERVATIONS RELATIVES A L'INFLUENCE QU'EXERCE LA GREFFE SUR LE SUJET
Par M. VIBERT.

En lisant dernièrement dans notre Journal un article relatif à l'influence de la greffe sur le sujet, j'ai pensé que quelques mots à cet égard pourraient n'être pas inutiles. While reading recently in our Journal an article relating to the influence of the scion on the sstock, I thought that a few words in this regard could be useful.
J'ai vu autrefois, et pendant plusieurs années, chez un frère de M. Noisette, pépiniériste, établi à La-Queue-en-Brie, des Pommiers qui, ayant été greffés en écusson avec des variétés à feuilles panachées, et leurs greffes n'ayant pas réussi par une cause quelconque, n'en ont pas moins donné des rameaux à feuilles panachées. Étonné de cette étrange anomalie, j'ai répété chez moi la même opération, sur Paradis, en employant pour greffe le Pommier à feuilles d'Aucuba. Au printemps suivant j'ai complétement détruit toutes mes greffes et tous les sujets m'ont donne des rameaux à feuilles plus ou moins panachées, même ceux dont les greffes avaient péri après leur pose. Le même fait s'est, depuis cette époque, reproduit chez moi sur un Églantier que j'avais greffé avec une variété à feuilles panachées et dont les greffes n'avaient pas réussi. Selon ce que j'ai vu, il suffirait que l'oeil inséré sur le sujet y vécût seulement quelque temps pour que la sève en fût viciée. Some time ago, and during several years, I have seen, at the establishment of a brother of Noisette, the nurseryman, at La-Queue-En-Brie, apple trees which having been shield-budded with varieties with variegated leaves, and their grafts failing from any cause whatever, none the less produced branches with variegated leaves. Astonished at this strange anomaly, I repeated at home the same operation, on Paradise, using as scion the Apple with leaves of Aucuba. In the following spring I completely destroyed all my scions, and all the stocks produced shoots with leaves more or less variegated, even those whose grafts had perished after being inserted. The same fact has, since that time, been reproduced at home on a Eglantine which I had grafted with a variety with variegated leaves and whose grafts had not succeeded. According to what I have seen, it would suffice that the eye inserted on the stock lived there only for a while for the sap to be vitiated.
Il serait intéressant de savoir si le même fait se reproduirait sur d'autres végétaux, et rien n'est plus facile que de s'en assurer. It would be interesting to know if the same fact would reproduce on other plants, and nothing is easier than to make sure.

 

DE L'INFLUENCE DE LA GREFFE SUR LE SUJET
Par M. V.
The Gardeners' Chronicle p. 797 (Aug 22, 1863)
THE INFLUENCE OF SCIONS ON THE STOCKS ON WHICH THEY ARE WORKED.
Le bon accueil qui a été fait à quelques notes que j'ai eu l'honneur de présenter à la Société impériale et centrale d'Horticulture m'encourage à lui en adresser une nouvelle au sujet de l'influence que la Greffe peut exercer sur le Sujet. Cette influence, niée par d'habiles praticiens, me semble à moi incontestable, du moins en ce qui concerne les Églantiers greffés en écusson. The good reception which has been given to some notes which I had the honor to present to the Imperial and Central Horticultural Society encourages me to send them a news about the influence that the scion can exert on the stock.

MANY good practical gardeners deny that stocks are in any way influenced by scions; but this opinion seems to me to be clearly erroneous, at all events in the case of Dog Roses when budded.
Tous les horticulteurs qui s'occupent de la culture des Rosiers, ont pu remarquer que la Greffe du Malton, par exemple, de la Cœline et de plusieurs autres, non-seulement donne des têtes dc Rosiers magnifiques et d'une grande ampleur, mais, de plus, que les sujets greffés augmentent promptement de grosseur et se maintiennent très-vigoureux. Par contre, nous pourrions citer d'anciennes variétés de Roses moussues, des Roses bullata, cristata, Lucie Astaix, etc., dont la greffe ne donne que des Rosiers plus on moins chétifs et souffreteux, et empêche pour ainsi dire les sujets de grossir. L'effet de la greffe se fait sentir non-seulement sur les Églantiers, mais aussi sur leurs gourmands, ou rejets, ces enfants naturels que leurs mères, au grand chagrin des amateurs de Rosiers, soignent avec tant d'amour et de jalouse prédilection, tandis qu'elles négligent et laissent mourir les greffes, c'est-à-dire les enfinis qu'elles n'ont point portés dans leur sein et que nous cherchons à leur imposer. Nous avons dit qu'à cet égard il y avait des exceptions pour quelques variétés de Roses et nous avons cité par exemple la Malton; mais ces exceptions ne prouvent-elles pas que la greffe, du moins pour le genre Rosier, exerce une influence sur la vigueur des Églantiers greffés et des gourmands qu'ils émettent de leur pied? J'ai vu souvent de ces gourmands pousser de la grosseur du doigt et grandir de plus de un mètre et demi en quatre ou cinq jours. Jamais on n'observera de pareilles croissances aux gourmands d'Églantiers greffés de Roses moussues, de Roses à feuilles d Laitue, etc. Je me crois donc autorisé à dire que si, en général, il est assez difficile d'apprécier l'influence de la greffe sur le sujet, il y a cependant des cas pour lesquels cette influence ne peut pas être contestée.

All persons who have attended to Rose culture may have remarked that scions of the Malton, Celina, and many others not only produce large magnificent heads of Roses, but also cause the stocks to increase rapidly and grow vigorously. On the other hand scions of some of the older varieties of Moss Roses, such as bullata, cristata, Lucie Astaix, &c., only, produce poor weak heads and prevent the stocks from increasing in size. The effects of working are not only felt by the stock, but also by its suckers; for, as a rule, the latter flourish at the expense of the scions. To this, however, there are exceptions, as in the Malton and others mentioned above; but do not these exceptions prove that with Roses at any rate scions affect both the stocks and the suckers which they send out? I have often seen these suckers grow as thick as one's finger, and a yard and a-half long in the apace of four or five days. No such thing is ever seen when Moss Roses, Lettuce-leaved Roses, &c., are worked on Dog Roses. Whatever difficulty therefore there may ordinarily be in tracing the effects of scions on the stocks on which they are grafted, I think it is manifest that there are cases in which the effect cannot be denied.

Quittant le genre Rosier, je pourrais parler de certains arbres fruitiers dont les sujets, au-dessous de la greffa, se refusent, quoi qu'on fasse, à grossir en proportion du diamètre qu'acquiert la greffe, d'où résultent, à la jonction de cette greffe et du sujet, ces bourrelets parfois si disgracieux. Ils ne se produisent pas avec d'autres variétés de greffes, les sujets restant d'ailleurs de même nature. Que conclure de ces difformités si ce n'est qu'elles sont l'effet de la greffe?... In surplus, cette influence n'est-elle pas bien naturelle, et s'il fallait s'étonner, ne serait-ce pas de ce qu'elle ne se révèle pas plus souvent et avec plus d'évidence? On ne peut guère nier que la séve des plantes ne monte par certains canaux pour descendre ensuite par des conduits distincts des premiers et tout à fait spéciaux; trop d'expériences ont fait, de cette circulation des sucs séveux, une incontestable vérité. La sève passe donc du sujet dans la greffe, pour repasser ensuite de la greffe dans le sujet. Si elle se. modifie dans le premier trajet, c'est-à-dire en pénétrant dans les canaux de la greffe (et la saveur des fruits, l'amélioration qu'ils éprouvent, selon qu'on a greffé telle ou telle variété sur tel ou tel sujet, prouvent assez cette modification), comment serait-on admis à prétendre qu'il n'y a pas un autre changement effectué lors de la descente de la séve, à son passage de la greffe dans le sujet? Si cette double et alternative modification n'a pas lieu, si c'est un seul et même liquide séveux qui circule à la fois dans la greffe et dans le sujet, au moins faut-il admettre que c'est une sève mixte résultant de deux élaborations différentes, a savoir celle qui s'opère dans le sujet et celle qui se produit dans la greffe; auquel cas il est tout naturel et tout simple, puisque la greffe est modifiée dans les fruits qu'elle porte, dans ses feuilles, dans sa croissance, dans sa vitalité, que le sujet soit pareillement modifié quant à sa constitution intime, c'est-à-dire celle qu'il avait avant qu'on lui appliquât une greffe; et il faudrait, au contraire, s'étonner que cette séve mixte n'eût aucune influence sur le sujet lui-même, sur ses racines, sur leur force végétative, et sur leur aptitude à s'emparer des éléments nutritifs qui pénètrent par elles dans tout le végétal. Leaving Roses, there are certain fruit trees which, do what you will, do not increase in diameter below the scion at the same rate as the scion itself. The consequence of this is the formation of ugly rings where the scion joins the stock. Other scions on the same stocks produce nothing of the sort. What explanation can be given of this if scions have no influence on the stocks on which they are grafted? Is not this influence, moreover, very natural, and if there is any room for astonishment, is it not because the influence cannot be more frequently traced? Let us remember that map rises through certain vessels and descends by certain others, and passes upwards from the stock to the scion, and downwards from the scion to the stock. We know that the sap is changed in its passage from the stock to the scion, for the taste of the fruit and the improvements produced, according as this or that scion is grafted on this or that stock, all prove this; why, then, it may be asked, should not the sap be also changed in its downward passage from the scion to the stock? If no such double change takes place, if there is only one kind of sap circulating in stock and scion, this one mixed sap must at any rate be admitted to result from two different processes, one of which is carried on in the scion and the other in the stock. As the scion is modified in its fruit, its leaves, its growth, its vitality, it is quite natural that the stock should be also modified in its constitution by the graft. On the contrary, it would be surprising if this mixed sap had no influence on the stock or its roots, or their vital force or power of assimilating those nutritive matters which pass through them into the whole substance of the plant.

M. V. in the Journal de la Société Impériale et Centrale d'Horticulture.

CybeRose note: William Prince (1832) had previously discussed the influence of scion on stock.