Histoire des plantes de la Guiane Françoise, rangées suivant la méthode sexuelle, avec plusieurs mémoires sur différens objets intéressans,
relatifs à la culture & au commerce de la Guiane Françoise, & une notice des plantes de l'Isle-de-France (1775)
Par M. Fusée Aublet

Vol 1, p. 514

Rosa biflora
Rosa flore pleno, carneo. Tourn. Inst.
Rosa omnium kalendarum. Joncq. Hort.
Ce Rosier est cultivé dans les jardins des habitans; on le trouve aussi en sortant de la ville de Caïenne, dans un haie qui entoure un parc à vaches.
Cet arbrisseau a été apporté du Para à Caïenne.

This Rose is cultivated in the gardens of the inhabitants; it is also found when leaving the city of Caïenne, in a hedge that surrounds a cow park.
This shrub was brought from Para to Caïenne.

[Pará is a State of Brazil]

Vol. 2, p. 125-128

Procédés pour distiller l’Huile essentielle de Rose, appelle Beurre de Roses.
Processes for distilling Rose essential oil, called Rose Butter.

Le fond de la cucurbite doit être conique, & cette partie sera entièrement exposée aux flammes du fourneau; il faut que le milieu ou la partie qui est au-dessus de la base du cône, soit fort évasée dans la hauteur d'un pied, sans y comprendre le cercle de son ouverture, qui reçoit le chapiteau. Sur un des côtés de cette cucurbite, on soudera un tuyau assez long pour qu'il pénètre dans le cône & y conduise de l'eau bouillante lorsqu'il en est besoin. Quand l'alambic est armé, il faut que la partie supérieure & ouverte du cône soit couverte par une plaque de cuivre criblée de petit trous s afin que les roses que l'on mettra dans la cucurbite, ne tombent point dans le cône qui est exposé immédiatement à un feu vif qui les brûleroit; elles sont soutenues par cette plaque au milieu de la cucurbite: la plaque sera retenue par des écrous, afin que l'eau bouillante ne puisse pas la déranger. Le chapiteau de la cucurbite doit être simple, bas, presque droit d'une part, & voûté, de manière que la vapeur se dirige d'un seul côté, que l'ouverture du tuyau soit évasée, & qu'il diminue insensiblement à mesure qu'il s'éloigne de l'alambic, pour y adapter un ou plusieurs autres tuyaux qui conduisent la liqueur distillée jusques dans le serpentin; il doit y avoir une conduite qui ne discontinue pas d'amener de l'eau fraîche sur le serpentin pour le refroidir. Le chapiteau doit être sans réfrigérant. Par ce procédé, l'on séparera des roses toute la partie colorante, & l'on retirera tout le beurre qu'elles peuvent contenir.   The bottom of the cucurbite* must be conical, & this part will be entirely exposed to the flames of the furnace; it is necessary that the middle or the part which is above the base of the cone, is very flared in the height of a foot, without including there the circle of its opening, which receives the capital. On one side of this cucurbit, we will weld a pipe long enough so that it penetrates into the cone and leads there boiling water when it is needed. When the still is armed, the upper & open part of the cone must be covered by a copper plate riddled with small holes so that the roses that will be put in the cucurbit do not fall into the cone which is immediately exposed to a high fire which would burn them; they are supported by this plate in the middle of the cucurbit: the plate will be retained by nuts, so that boiling water cannot disturb it. The capital of the cucurbite must be simple, low, almost straight on the one hand, & arched, so that the steam goes to one side only, that the opening of the pipe is flared, and that it decreases imperceptibly to as it moves away from the still, to fit one or more other pipes that lead the distilled liquor into the coil; there must be a pipe which does not stop to bring fresh water to the coil to cool it. The marquee must be without refrigerant. By this process, all the coloring part will be separated from the roses, and all the butter which they may contain will be removed.

*A Cucurbite or "Gourd" is a retort, part of an alembic (still)

Comme il faut un grand feu pour faire monter le Beurre, si l'on, mettoit une trop grande quantité d'eau dans la cucurbite, il arriveroit que la décoction & les roses monteraient jusqu’à l'ouverture du tuyau du chapiteau, & passeraient dans le serpentin; alors on perdrait les Roses & ce qui ferait passé de bon; il faudrait nécessairement désarmer l'alambic, laver le chapiteau, les tuyaux & le serpentin. Au contraire, ayant sur un fourneau une bassine d'eau bouillante, vous fournissez par le tuyau indiqué ci-dessus, de l'eau à la cucurbite, tandis qu'elle passe dans la distillation, &c vous ne ralentirez pas votre opération.   As it takes a large fire to raise the Butter, if we put too much water in the cucurbite, it would happen that the decoction and the roses would rise up to the opening of the pipe of the capital, & would pass through the coil; then we would lose the Roses & what would look good; it would necessarily be necessary to disarm the still, wash the marquee, the pipes and the coil. On the contrary, having a basin of boiling water on a stove, you supply, by the pipe indicated above, water to the cucurbite, while it passes through the distillation, & c you will not slow down your operation.
A mesure que l'eau-rose passe dans un récipient à bec, on la verse dans des pots de faïance dont le vernis eft très-uni & l'ouverture sans rebors internes, afin que le beurre ne rencontre aucun obstacle pour monter à la surface de l'eau.   As the rosewater passes through a container with a spout, it is poured into earthenware pots, the glaze of which is very smooth and the opening without internal rims, so that the butter does not meet any obstacle to rise to the top-surface of the water.
Lorsque vous avez terminé plusieurs distillations, retirez l'eau du réfrigérant du serpentin: ayez de l'eau-rose très-chaude; faites - la passer au travers du serpentin, afin que le Beurre de Roses qui s'est figé à ses parois, soit enlevé; mettez toutes vos eaux ensemble; remplissez-en des pots de faïance, laissez-les pendant quelque temps dans un vase d'eau chaude, pour que toutes les portions butireuses répandues dans l'eau, se dissolvent, puis se rassemblent & montent sur la surface de l'eau-rose. Il n'est pas nécessaire en France d'exposer ces pots à la rosée ni dans un lieu frais, comme on est obligé de le pratiquer dans les climats fort chauds. A mesure que l'eau-rose se refroidit, la pellicule de Beurre se forme plus ou moins épaisse; on la retire, on la dépose avec celles qu'on a déjà accumulées, jusqu'à ce que toutes les distillations soient finies.   When you have finished several distillations, remove the water from the condenser from the coil: have very hot rose water; pass it through the coil, so that the Rose Butter which has congealed on its walls is removed; put all your waters together; fill earthenware pots with them, leave them for some time in a vase of hot water, so that all the butter portions scattered in the water, dissolve, then collect and rise on the surface of the rosewater. It is not necessary in France to expose these pots to dew or in a cool place, as one is obliged to practice in very hot climates. As the rosewater cools, the film of butter forms more or less thick; we remove it, we put it down with those we have already accumulated, until all the distillations are finished.
Pour ne rien perdre, j'avois percé par le bas tous les pots de faïance, j'y avois mastiqué des robinets, &, par ces robinets, je tirois la plus grande partie de l'eau; le surplus je le rassemblois dans un seul pot, & je tirois encore, en procédant comme j'ai dit, une quantité de Beurre.   So as not to lose anything, I had pierced all the earthenware pots from below, I had puttied taps, &, through these taps, I drew most of the water; I collected the surplus in a single pot, and I still took out, proceeding as I said, a quantity of butter.
Lorsque le Beurre de Roses est séparé de tout ce qui lui est étranger, il est d'une teinte citronnée, demi-transparent & ressemble à un cristal nébuleux ou à de la glace: il est toujours figé; il se liquifie en échauffant le flacon dans les mains; mais aussi-tôt qu'on l'en retire, il reprend sa consistance. Pour le transvaser, il faut tenir le vase qui le contient dans l'eau chaude, & chauffer l'entonoir de verre, parce qu'en le versant, si l'entonoir n'est pas chaud, le Beurre s'y arrête. Il ne rancit pas; aujourd'hui j'en ai une expérience de 12 ans. Il n’est pas possible de le falsifier. Les Orientaux en font usage pour se parfumer: ils enfoncent une épingle dans le Beurre de roses, & la quantité médiocre que l'épingle enlevé, suffit pour parfumer pendant la journée plusieurs personnes.   When the Rose Butter is separated from all that is foreign to it, it is of a lemony hue, semi-transparent & looks like a nebulous crystal or ice: it is always frozen; it is liquified by heating the flask in the hands; but as soon as you remove it, it regains its consistency. To transfer it, you have to hold the vase which contains it in hot water, & heat the glass funnel, because when pouring it, if the funnel is not hot, the butter stops there. It does not go rancid; today I have 12 years of experience. It is not possible to falsify it. The Orientals use it to perfume themselves: they stick a pin in the Rose Butter, and the mediocre quantity that the pin removed is enough to perfume several people during the day.
Les personnes qui sçauront que le Rosier n'est pas une plante naturelle à l'Isle de France, seront surprises que j'aie pu y rassembler une assez grande quantité de Roses pour en tirer l'huile essentielle, sur-tout si l'expérience leur a appris combien peu d'huile essentielle fournit la feuille de Rose. En effet, lorsque j'arrivai dans ce pays, je n'y pus découvrir qu'un pied de Rosier qui avoit été apporté du Brésil quelques années auparavant par M. Kerguelin; mais ce pied dont le bois étoit vieux & qu'on ne tailloir pas, ne donnoit point de fleurs. Je m'en procurai par adresse quelques branches que le propriétaire du Rosier refusoit, dans la crainte de nuire à son arbrisseau. Je cultivai avec soin ces boutures: elles eurent bientôt pris racine, me donnerent la même année des fleurs & de quoi faire beaucoup de boutures. Enfin la végétation étant presque sans interruption dans ce pays, j'eus, dans l'espace de dix-huit mois ou deux ans, des palissades, des haies de ce Rosier qui me donnerent assez de fleurs pour divers médicamens, dont l'Hôpital de l'Isle & les vaisseaux de la Compagnie avoient besoin. Quand la manne me manquoit, j'y suppléois par les Roses pour plusieurs genres de remèdes laxatifs & purgatifs, sur-tout par le syrop de Roses. Mais cette consommation me laissant toujours des Roses de reste, parce que les Rosiers se multiplioient tous les jours & que cette espece donne deux récoltes, j'entrepris de faire une huile essentielle ou beurre de Roses, semblable à celui que nous faisoient voir les vaisseaux revenant de l'Inde, & qu'ils mettoient à un très-haut prix. Les informations que je fis aux Voyageurs, & sur-tout à des Missionnaires & des Indiens, n'ayant pu me faire découvrir le procédé de l'Inde, je fus obligé de le chercher; mais ce ne fut qu'après bien des essais infructueux, que je parvins au procédé qu'on vient de lire. J'ai envoyé à diverses fois en France des quantités considérables de cet excellent parfum. La décoction qui avoit été recohobée plusieurs fois sur de nouvelles Roses, servoit de base à un syrop de Roses qui purgeoit, à la dose de deux ou trois onces, comme une pareille dose de manne. Après avoir recohobée trois & quatre fois l'eau-rose, je la distillois au bain-marie, & le produit étoit une eau-rose supérieure à celle qui vient de Perse.   People who know that the Rosebush is not a native plant in Isle de France, will be surprised that I have been able to collect a large enough quantity of Roses to extract the essential oil, especially if the experience has taught them how little essential oil the Rose petal provides. As a matter of fact, when I arrived in this country, I could only discover one rose stalk which had been brought from Brazil a few years before by M. Kerguelin; but this specimen, the wood of which was old and which could not be cut, gave no flowers. I obtained some branches by artifice (?) which the owner of the Rosebush refused, for fear of harming his shrub. I cultivated these cuttings with care: they soon took root, and the same year gave me flowers & enough to make many cuttings. Finally, the vegetation being almost without interruption in this country, I had, in the space of eighteen months or two years, palisades, hedges of this Rosebush which gave me enough flowers for various medicines, needed by the Island Hospital and the Company's vessels. When the manna* failed me, I substituted Roses for several kinds of laxative & purgative remedies, especially with the Syrup of Roses. But this consumption always leaving me Roses leftover, because the Roses multiply every day & this species gives two harvests, I undertook to make an essential oil or rose butter, similar to that which the vessels showed us returning from India, and which they put at a very high price. The information that I gave to the Travelers, and above all to the Missionaries and the Indians, not having been able to make me discover the process of India, I was obliged to seek it; but it was only after many fruitless attempts that I succeeded in the procedure which has just been read. I have sent considerable quantities of this excellent perfume to France several times. The decoction which had been recoiled several times on new Roses served as the base for a syrup of Roses which was purged, at a dose of two or three ounces, like such a dose of manna. After having recoiled the rose water three & four times, I distilled it in a water bath, & the product was a rose water superior to that which comes from Persia.

*Manna: Secretion from Fraxinus ornus and F. excelsior, prescribed as a mild laxative.


CybeRose: I am putting aside the following bits, which may be interesting but apparently not relevant at this time.

Wikipedia entry for Jean Baptiste Christophore Fusée Aublet

"He joined the French East India Company and in 1752 was sent to Mauritius (then known as l'Île de France) to establish a pharmacy and a botanical garden. He became involved in an intense rivalry with Pierre Poivre, a fellow botanist at the Mon Plaisir garden, and eventually left to establish a new garden at Le Réduit.[2]

When Aublet returned to France in 1762, he was appointed to a position as the King's apothecary and botanist in French Guiana. He arrived at the colonial capital, Isle de Cayenne, in August 1762 and spent the next two years collecting plants and assembling a vast herbarium."

Therefore, Rosa bifera reached Mauritius before 1752, which excludes The explorer, M. de Kerguelen, who didn't get there until 1771. And as the bush was already old, it may have been in the 1740s or earlier. France took control of the island in 1715.

Now I need to find Kerguelin (not Kerguelen. I did someone by that name active in the early 1700s, who sailed with Duguay-Trouin when he took Rio de Janeiro in 1711. That puts him in Brazil, but I have not yet traced him to l'Île de France.

Maybe someone else of that name (by whichever spelling) who could connect Brazil with Isle d'France some years before Aublet arrived in 1752.


Vol 2, p. 155

HORTUS MALABARICUS
Tomus Tertius

Fig 13 pag. 9 Des Indes, par M. de Kerguelin; ensuite par M. le Comte d'Estaing.

Relation de deux voyages dans les mers Australes & des Indes, faits en 1771, 1772, 1773 & 1774.
Par M. de Kerguelen, Commander les Vaisseaux du Roi le Berrier, la Fortune, le Gros-Ventre, le Rolland, l'Oiseau & le Dauphine.
Ou Extrait du Journal de sa Navigation pour la découverte des terres Australes, & pour vérification d'une nouvelle route proposée pour abréger d'environ huit cent lieues la traversée d'Europe à la Chine. Paris: Knapen & fils, 1782.

Or Extract from the Journal of his Navigation for the discovery of the "terres Australes", & for verification of a new route proposed to shorten by about eight hundred leagues the crossing from Europe to China. Paris: Knapen & fils, 1782.

On page 120 of this book:

Lettre écrite par M. de Clugny, Intendant Général de la Marine, à M. de Kerguelen.
De Versailles le 26 Mars 1771

"J'approuve infiniment, Monsieur, votre idée de faire passer de l'isle de France des plants de muscadiers à Cayenne, dont le climat est analogue à celui des Moluques. Le Ministre l'a aussi approuvée. En conséquence, j'cris à M. Poivre de vouloir bien vous donner de ces plants, pour transporter à Cayenne lorsque vous ferez votre retour en Europe. Je vous souhaite, Monsieur, tout le succès que vous méritez par votre zèle & vos talents. Vous connoissez ma sincère amitié. Signé, CLUGNY.

Letter written by M. de Clugny, General Steward of the Navy, to M. de Kerguelen.
From Versailles on March 26, 1771

"Sir, I very much approve of your idea of passing nutmeg plants from the Isle of France to Cayenne, whose climate is similar to that of the Moluccas. The Minister also approved it. Consequently, I am writing to M. Poivre to kindly give you these plants, to transport to Cayenne when you return to Europe. I wish you, Sir, all the success you deserve by your zeal and your talents. You know my sincere friendship. Signed, CLUGNY.