Journal des Roses 18: 157-159 (1894)
Hybrides de Rosier Jaune
Viviand-Morel

Les belles roses d'origine hybride qui ornent, nos jardins n'offrent pas toujours un intérêt scientifique bien caractérisé. Leur filiation est généralement mal connue. Ce sont des «sèves-mêlées» bâtardes quarterones, dont l'état-civil manque de précision. Si on peut dire de quelques-unes qu'elles sont issues de telle sorte, croisée par telle autre, cela ne fait ni chaud, ni froid, attendu que père et mère sont le plus souvent des hybrides dérivés dont les ancêtres se perdent dans la nuit des générations croisées.

Aussi, est-ce avec une véritable satisfaction — que partageront sans doute ceux qui s'intéressent à l'hybridation — que nous allons faire connaître un hybride de rose dont le père est connu comme un type non encore ébranlé, un type bien net, franchement caractérisé.

Cet hybride est dû à notre habile confrère M. Pernet fils-Ducher, rosiériste à Lyon, un des semeurs les plus heureux de notre pays, auquel on doit de très belles roses, surtout parmi les hybrides de thé — cette section de l'avenir.

L'hybride obtenu par M. Pernet fils, comprend deux formes, l'une à fleur simple, que voudront posséder tous les jardins botaniques et les amateurs de curiosités scientifiques, et l'autre à fleur double, qui sera une variété digne de contribuer à l'ornementation des jardins.

Voici l'origine des hybrides en question:

Le père est la rose connue sous le nom de Persian Yellow.

La mère est la variété Antoine Ducher.

(1) Voici les synonymes principaux de cette espèce, publiés par Pronville:
R. Lutea. Dodon. Pempt. 187. — Bauh. Hist. 2, 47.
R. Lutea simplex. Bauh. Pin. 483. — Beisl. Eyst. vern. ord. 6 fol. 5.

La rose Persian Yellow, rapportée de Perse en 1833, par Willock, passe pour être la variété à fleur double de la rose jaune (Rosa lutea), cultivée depuis trois siècles, sous des noms différents (1).

La rose jaune type, que l'on a souvent confondue avec la Rose soufrée, présente une variation fixée qu'on trouve dans les cultures sous le nom de Rose capucine (R. punicea Mill.).Tous les jardiniers connaissent cette variation. Nous disons variation et non variété, attendu qu'il n'est pas rare de rencontrer sur le même rosier les deux sortes de fleur.

Nous ne donnerons pas ici la description scientifique du Rosa lutea et de ses dérivés: Persian Yellow (jaune de Perse) et Capucine, que ceux qui s'intéressent à la question trouveront dans tous les livres. Nous dirons seulement que parmi les caractères qui permettent, à première inspection, de les distinguer de toutes les autres sortes, il faut noter la couleur du bois dont l'écorce est luisante et brun fauve, les fleurs nombreuses mais solitaires, exhalant une odeur de punaise peu séduisante.

La rose Antoine Ducher, qui a servi de mère aux deux plantes que nous allons faire connaître, est une rose hybride remontante obtenue par Ducher en 1867 et caractérisée par des fleurs grandes, pleines, rouge luisant, de forme globuleuse.

Les parents étant connus, voyons un peu les enfants. Nous avons dit qu'ils sont au nombre de deux, l'un simple, l'autre double. Voici les descriptions que nous trouvons au procès verbal de la séance du 15 mai où ils ont été présentés l'un et l'autre.

Variété à fleur simple.

Arbuste à grande végétation, rameaux divergents mais plus érigés que dans le type lutea, bois rouge-brun, garni d'aiguillons plus nombreux et moins saillants que ceux du type, feuillage composé de sept folioles lancéolées et finement dentées comme celui de la variété Persian Yellow, dont il diffère par sa couleur plus foncée et une forme moins arrondie, fleurissant en corymbe de deux à cinq fleurs, bouton ovale, fleur composée de deux rangées de pétales de grandeur moyenne, coloris jaunâtre en dessous, rose carminé en dessus, la base des pétales est largement colorée de jaune, blanchissant entièrement au complet épanouissement, ce qui forme une étoile au centre de la fleur. Les organes reproducteurs, pistils et étamines sont parfaitement constitués; néanmoins, jusqu'à ce jour tous les fruits ont été stériles comme dans le R. Punicea.

Variété à fleur double.
[Soleil d'Or]

A fleuri en 1894 pour la première fois. C'est une variété de la plus grande valeur au point de vue horticole.

L'arbuste, moins vigoureux que le précédent, à un port rappelant davantage le rosier hybride remontant.

Ses rameaux sont érigés, munis d'aiguillons assez semblables à ceux du R. Punicea, mais plus nombreux, feuillage arrondi, rappelant un peu celui des rosiers hybrides.

Fleurs solitaires, grandes, globuleuses, très pleines, beau jaune d'or, nuancé de rose abricoté au centre, ce qui distingue son coloris de R. Persian Yellow.

Une particularité suffirait à elle seule à démontrer l'origine hybride de cette variété, la fleur exhale l'odeur très prononcée des roses centfeuilles, alors que le R. Punicea a plutôt une odeur désagréable.

Nous ferons à propos de ces deux roses les remarques suivantes:

1° L'action exercée par le pollen du Rosa Lutea sur la rose Antoine Ducher est très remarquable.
    Cette action indique que le mâle, dans cette circonstance, a presque annulé les caractères de la femelle. Les deux hybrides en question ayant conservé la plupart des caractères saillants de la rose jaune (R. Lutea).

2° On remarque, dans l'hybride à fleur simple, l'apparition d'une étoile colorée au centre de la fleur. Une étoile pareille s'est déjà présentée dans le rosier de Hardi qui, comme on sait, est un hybride d'une rose jaune et d'une autre sorte (Rosa berberifolia X Clinophylla);

3° L'odeur désagréable exhalée par les fleurs de la rose jaune est disparue et s'est changée en l'odeur suave des roses cent feuilles ou de certains hybrides remontants dans le sujet à fleur double;

4° Nous ferons remarquer que dans l'hybridation faite par nous d'un type différent: Rosa pomifera, par le pollen dé la rose bengale ordiuaire, lès produits ont été tous semblables et ressemblent surtout à la plante mère; c'est exactement le contraire qui est arrivé dans l'hybride obtenu par M. Pernet fils;

5° De ce qui précède on peut conclure que dans le même genre, mais en agissant sur des espèces différentes, les résultats présentés par l'hybridation sont contradictoires; dans la pratique on ne peut donc pas prévoir d'avance l'influence qu'exerceront le père ou la mère sur les caractères de leur descendance.


1° The action exerted by the pollen of the rose Rosa Lutea on Antoine Ducher is very remarkable.
    This action indicates that the male, in this circumstance, offset most of the female characters. The two hybrids in question have retained most of the salient characteristics of the yellow rose (R. lutea).

2° Note, in the single flowered hybrid, the appearance of a colored star in the center of the flower. Such a star has already presented in the Rose of Hardi, who as we know, is a hybrid of a yellow rose and a different kind (Rosa berberifolia X Clinophylla);

3° The odor exhaled by the flowers of the yellow rose is gone and turned into the sweet smell of Centifolia roses or of some hybrid remontants in the double flowered subject;

4° We will note that in the hybridization made by us of a different type: Rosa pomifera, by pollen of the rose bengal ordinaire, the products were all similar and like especially to the mother plant, which is exactly the opposite arrived in the hybrid obtained by Mr. Pernet son;

5° From the above we can conclude that in the same genre, but by acting on different species, the results presented by hybridization are contradictory in practice we can not predict in advance the influence of the parent on the characters of their offspring.