Journal des Roses (Septembre 1904) pp. 143-146

CONGRÈS DES ROSIÉRISTES DE NANCY
QUESTIONS TRAITÉES

(1) Revue Horticole, 1873. p. 83.

Le 6 février dernier (1), M. N. Doumet-Adanson, président de la société d'horticulture et d'Histoire naturelle de l'Hérault, nous écrivait:

« A propos de la note de M. du Breuil sur la panachure des roses, due à certain mode de greffe, je puis vous signaler un fait, peu différent, dû sans doute à la même cause. Un amateur passionné de cette belle fleur, dont le jardin est voisin du mien, M. Bénezech, a obtenu en greffant sur Banks, une Gloire de Dijon, une variété très différente, qui s'est perpétuée depuis, et à laquelle il a donné le nom de Gloire de Java. Cette rose diffère tant de son type originel par la forme et par le coloris, que lorsqu'il me la présenta dernièrement, je crus à une variété obtenue de semis.

« Encore un exemple de la mutabilité des végétaux qui renferme d'utiles renseignements.

« Nous le signalons à nos lecteurs.»

Un horticulteur italien, M. Zenone Zen, obtenait aussi, paraît-il, des roses panachées à volonté. Il n'est pas facile de savoir si son procédé était identique à celui signalé par Du Breuil. Quoi qu'il en soit, nous reproduisons ici la traduction de l'article qu'avait publié un journal italien sur ce sujet.

VARIETES DE ROSES OBTENUES PAR LA GREFFE

(1) Revue Horticole, 1873.

Rapport de la Commission déléguée par l'Institute Royal de Venise, le 5 août 1872 (1).

« A Monsieur Zenone Zen,

« Le rapport suivant lui est communiqué, après avoir été approuvé par l'Institut Royal, dans 1.1. séance du 22 juillet de cette année.

« La communication en a été faite sur la demande déposée le 27 juin 1871, sous le n° 319.

« Le Secrétaire et membre
de l'institut Royal,

« NAMIAS. »

« L'honoroble M. Zenone Zen, de Venise, qui cultive avec passion et intelligence une nombreuse collection de roses dans le jardin de sa propriété, situé près de la fondation du Carmine, annonçait, par sa lettre du 24 juin, enregistrée sous le n° 319, qu'après de longues études et die longues expériences, il avait réussi à obtenir d'estimables variétés dans les roses, par la simple greffe.

« Afin de s'assurer la propriété de son invention, il insistait pour que le fait qu'il exposait. fut reconnu par notre Institut lui-même. En conséquence, la présidence déléguait MM. Visiani et Zanardini dans ce but, au cas où les expériences qui devaient s'effectuer avec leur concours mériteraient d'accorder cette demande.

« Au mois de septembre suivant, M. Zen, en présence d'un des soussignés demeurant à Venise, commença trois essais de preuves avec les roses connus dans les jardins sous le nom de Malmaison rubra, Colonel Foissy et Cardinal Patrizy. Désirant lui-même procéder avec une rigueur qui garantit l'authenticité des expériences, il prit les bourgeons sur des rameaux qui portaient des fleurs des variétés mentionnées et les greffes en écusson pratiquées avec ces bourgeons, furent fermées par des rubans à fil de plomb, timbrés à chaque extrémité avec de la cire à cacheter portant l'empreinte de notre cachet. Toutes ces greffes réussirent bien, et les deux premières donnèrent des fleurs en mai dernier. Nous avons attendu en vain la floraison de la troisième, la pousse nouvelle ayant été piquée et corrodée par les insectes. Mais les deux premiers essais ont suffi pour nous montrer des fleurs bien diverses par la forme, par la teinte et par certaines taches ou panachures de couleur plus intense.

« Après diverses interrogations et diverses questions que nous fîmes à l'opérateur, nous eûmes les déclarations suivantes:

« 1° Que dans la deuxième et même dans la troisième année, quand les greffes deviennent robustes et déploient une grande vigueur,- les panachures s'accentuent davantage avec des teintes également plus vives; et, en effet, nous vîmes d'autres variétés obtenues par lui, de plus vieille date, à panachures bien prononcées et dont les teintes étaient vraiment brillantes;

« 2° Que ces variétés se maintiennent constantes, tant par marcottes que par greffes ordinaires en fente ou en écusson;

« 3° Que, si on les perd, on peut les reproduire en répétant l'opération dans des conditions identiques;

« 4° Que toutes les espèces de roses ne donnent. pas les mêmes résultats. Il y en a quelques-unes qui donnent des variétés plus marquées et plus belles.

« Ignorant complètement le procédé dont on se sent en dehors de l'opération, qui ne diffère eu rien de celle qu'on pratique ordinairement pour la. greffe en écusson, nous devons mous borner à attester simplement le fait et à affirmer que les fleurs que nous avons vues sont bien différentes de celles des rameaux sur lesquels on avait pris les bourgeons greffés.

« M. Zen, dans sa lettre ci-dessus, se montre disposé h communiquer sa manière d'opérer à l'Institut, ce qui serait à désiler; car, ce n'est que lorsque le procédé sera connu que l'on pourra interroger la science pour essayer d'en avoir quelque réponse, qui nous donnerait peut-être l'explication des résultats obtenus.

« Ajoutons que si cette méthode était connue et répandue, les expériences se multiplieraient sur une plus large éclette pour rechercher jusqu'à quel point on peut l'appliquer à d'autres plantes d'ornement et aux arbres fruitiers mêmes, afin de s'assurer si l'art du jardinage et l'industrie horticole pourraient en tirer avantage.

« Quoi qu'il en soit, laissant au temps à juger de quelle importance et de quelle utilité peut être la découverte de M. Zen, nous pensons que dès à pd hit, on liai doit des éloges et des encouragements pour les soins assidus qu'il met à augmenter d'une manière bien plus facile, plus prompte et plus sûre, le nombre des variétés d'une plante qui, avec raison, est généralement considérée comme la reine des fleurs.

« Signé: Professeur DE VISIANI,
« Dr ZANARDINI, rapporteur.
« LUIGI MOROSSI. »

Cet article, dont nous devons la communication à l'obligeance de notre ami, M. Jean Sisley, et qui a été traduit du Giardini, journal de la Société horticole de Lombarde (Milan, octobre 1872), est des plus intéressants. Les faits qu'il contient sont tellement différents de tout ce que l'on connaît en horticulture, que, si ce n'était son caractère. officiel, on n'hésiterait pas à 1-os considérer comme une gasconnade italienne. Mais vu les garanties dont ils semblent entourés, le caractère d'honnêteté dont ils sont revêtus, toutes les précautions minutieuses même qu'on a prises pour empêcher jusqu'à la moindre supercherie, nous devons suspendre notre jugement jusqu'à plus amples renseignements, et nous borner, en faisant connaître ces faits, à appeler sur eux l'attention de nos lecteurs.

(Rédaction).

Rose Jules Margottin panachée.

En 1872, M. Pertusati, de Milan, signalait à M. E.-A. Carrière, le fait suivant, qu'il consignait dans la Revue horticole:

« Il y a une dizaine d'années (1), j'ai reçu de M. Leroy, d'Angers, mie haute tige de la variété de rosier Jules Margottin.

« Lorsque ce rosier a fleuri, il ne présentait rien d'anormaI et les fleurs avaient tous les caractères qui distinguent cette variété.

(1) Revue Horticole, 1812. p. 442.

«En 1869, j'ai remt1ué, parmi un grand nombre de multiplications provenant de ce rosier, plusieurs individus d'une variété panachée. Sachant que ce rosier Jules Margottin est d'une seule couleur, je m'empressai de faire disparaître ces boutures fautives qui étaient mal identifiées. L'année suivante, en examinant mon pied-mère du Jules Margottin, je remarquai que plusieurs fleurs étaient aussi panachées. Cette année, la tige portait encore ses fleurs li-erres, très réduites et comme si elles étaient épuisées. Les rameaux pourtant, ainsi que les bourgeons, sont bien nourris, pleins de sève et la plante très vigoureuse, bien que la fleur soit plus petite. Est-ce un cas de dimorphisme, une tendance à reproduire le type, une dégénérescense? Est-ce un fait nouveau? etc. Combien (le demandes de ce genre ne pourrait-on pas faire?

« Agréez, etc.
« Joseph PERTUSATI

A la suite de la publication de cette note, M. Weber, jardinier-chef au jardin botanique de Dijon, signalait un cas semblable au précédent, qui s'était produit dans le jardin d'un propriétaire de Dijon.

Le propriétaire ayant greffé cet accident, l'a vu se reproduire.

(1) Journal des Roses, 1893, p. 98.
(2) 7 Juin 1895.

« Sur les accidents fixés. — On nous écrit de Tonnerre: « J'ai, dans ma collection de rosiers (1), un sujet assez curieux: c'est une Madame Ernest Calvat, greffée, il y a deux ans, sur demi-tige. Je l'avais taillée à trois yeux sur l'une des branches; le troisième oeil supérieur a fourni une pousse si différente des autres, que j'ai failli le couper comme sauvageon. Au lieu du feuillage brunâtre des autres poussées, le feuillage était très vert; le rosier est fleuri maintenant (2), et cette pousse a une rose rouge carminé vif, entourée de trois boutons. C'est évidemment le sujet primitif, Madame Isaac Péreire, et je me demande si la dégénérescence s'accentuera davantage dans l'avenir.

« Le fait est peut-être très fréquent, mais je le constate polir la première fois, et il est si frappant sur mon sujet (lue je me permets de vous signaler ce rappel de race qui n'est pas en faveur de la fixité des accidents fixés. »

Les documents anciens que nous venons de reproduire démontrent qu'il y a quelque chose à tenter dans cette direction, et, comme nous l'avons dit au commencement de cette note, nous pensons qu'en greffant des rosiers cultivés sur des sujets appartenant aux Bengale, thé, Noisette, Capucines, hybrides divers, etc., et eu récoltant des graines sur les sujets ainsi greffés, on aurait quelque chance d'obtenir des variétés intéressantes, sans préjudice de celles qui pourraient se produire naturellement par le mélange des sèves.

VIVIAND-MOREL.
(A suivre.)