Journal des Roses 31: 143-147 (Sept 1907)

ESSAIS SUR L'ORIGINE DES ROSIERS HYBRIDES REMONTANTS (suite).
V. VIVIAND-MOREL

Variétés ayant des rapports aux hybrides de Bengale et aux Portlands. — Aubernon, moy. ou gr. pl. rose vif. — Augustine Mouchalet, moy. tr. pl. bien faite rose violacé carminé au centre. — Comte de Paris, grande, pleine, rouge violacé souvent strié. — Duchesse de Sutterland, moy. ou gr. tr. mult. carné. — Fulgorie, moy. ou gr. pl. rouge vif. — Lady Fordwich, moy. pl. rouge. — Madame Laffay, gr. pl. rouge clair. — Mélanie Cornu, moy. ou gr. tr. pl. rouge vif. — Pauline Plantier, moy. ou gr. pleine, rose clair. — Prince Albert, moy. ou gr. tr. pl. couleur variable du rose au violet foncé. — Princesse Hélène, gr. tr. mult. ou pl. rouge pourpre clair. — Reine de la Guillotière, moy. tr. pl. rouge vif à bords plus clairs. — Reine Victoria, moy. ou gr. presque pl. rouge clair. — Sisley, moy. ou gr. pl. cerise violacé vif.

Il est à remarquer que les hybrides remontants de la collection V. Verdier, ne comptent que six variétés.

Parmi les sortes classées sous la rubrique Variétés ayant des rapports aux Hybrides de Bengale et aux Portlands, se trouvent un certain nombre de sortes qui, comme Madame Laffay, Duchesse de Sutherland, furent classées plus tard dans les hybrides remontants.

Dans le même recueil, un article int'tulé : Choix de Roses belles et nouvelles, dont la plus grande partie a fleuri, pour la première fois à Paris, en 1843, se trouvent sous la rubrique d'hybrides incertaines remontantes, les roses suivantes : Baronne Prévost, Dr Marx, Dr Marjolin, Comte d'Eu, Mme Emma Dampierre, Marquise Bocella, Mme Daméme, Pauline Plantier, etc., qui ont perdu aujourd'hui leurs qualités incertaines et sont devenues des hybrides remontantes. Plusieurs de ces variétés sont des gains de Laffay.

On lira sans doute avec intérêt, l'extrait d'une lettre que cet horticulteur écrivait au rédacteur de la Revue horticole, et relative à l'obtention des roses.

Bellevue, 20 novembre 1843

En vous entretenant de roses, hier avec moi, dans ma pépinière, vous me dites que vous ne croyiez pas que je pusse obtenir de plus belles roses que celles de la Reine. Je vous disais que les roses, suivant moi, n'étaient pas encore arrivées à leur apogée. Je le crois d'autant mieux, que plus l'on avance dans les semis, plus l'on avance dans le labyrinthe de la monstruosité botanica'e. Plus je sème, plus je vois l'immensité reculer devant moi. Ainsi, d'après mes minimes observations, avant peu, j'aurai obtenu de nouvelles variétés de roses qui feront type, ou au moins forceront les rosomanes à les adopter comme telles; par exemple, l'an dernier, j'ai obtenu par le croisement d'une mousseuse et d'hybride de Bengale (Athalin), l'un de mes meilleurs porte-graine, plusieurs variétés dont une de premier mérite, à fleurs nombreuses, larges, pleines, bien faites, de forme plane et d'une couleur rose tendre, ne laissant rien à désirer sur l'ancienne mousseuse, et qui l'emporte sur elle par l'avantage d'une excessive végétation. La seconde, à fleur carminée, ne possédant que 15 ou 18 pétales, sera, à ce que je pense, l'un de mes meilleurs porte-graine, pour cette nouvelle classe d'hybrides mousseuses, d'où doit sortir avant quelques années, la nouvelle série de perpétuelles mousseuses, également hybrides. Vous voyez, Monsieur, qu'il ne faut qu'espérer.

Dans le genre Damas, tels que la Rose du Roi, Faber, Palmyre, etc., on annonce d'Angers, pays où l'on s'occupe éminemment de roses, une nouvelle Perpétuelle à qui l'on a donné le nom d'Ebène, sans doute à cause de sa couleur cramoisi foncé. L'an prochain t'on verra dans ma pépinière une Perpétuelle que j'ai obtenue cette année, et dont les fleurs, très pleines, aplaties, et de la forme de celle des Galliques, sont aussi foncées que des violettes à fleurs doubles. Cette charmante variété sort directement des Damas ou Quatre-Saisons, si rares à obtenir.

Pendant les dernières années que nous avons possédé M. Vibert, les amateurs ont admiré ses belles variétés de Provins ou Galliquesi, à fleurs ponctuées. Cette année, j'ai obtenu dans mes semis, qui sont au nombre de 60,000 à 100,000, une ponctuée qui aura l'avantage d'être perpétuelle sur tous les rameaux; sa fleur, bien faite, est de forme aplatie et d'un rose vineux, ponctuée de très larges points blancs. Celle-là, je l'espère, fera époque aussi dans mes semis. Ainsi, Monsieur, vous voyez qu'en suivant la marche que j'ai adoptée, c'est-à-dire en semant toujours les derniers arrivants (les dernières variétés obtenues) je finirai, non pas par la fin, mais par une continuation de nouveautés qui permettra d'élaguer encore plusieurs variétés de nos collections.

Les multiflores, ces jolies espèces rampantes qui nous sont venues du Bengale, commencent déjà à s'européiser. Déjà depuis plusieurs années, j'ai obtenu des variétés à la vérité moins belles que leur type, mais qui, reproduites de nouveau par leur semis, m'ont donné des sous-variétés plus fortes, plus rustiques et hybridées par nos roses d'Europe et d'autres pays, au point que plusieurs sont tout à fait méconnaissables. J'attends la floraison de ces dernières avec impatience et je compte sur elles au printemps prochain. Enfin, j'oubliais de vous dire que deux d'entre elles m'ont donné des fleurs charmantes et perpétuelles. J'aurai le plaisir de vous en entretenir plus tard.

En attendant, veuillez, mon cher Monsieur, agréer, etc. LAFFAY.

En 1844-1845, Victor Varangot, de Melun, met au commerce: Perpétuelle Mogador, franchement remontante, et Laffay qui hésitait encore à user du vocable hybride remontant, signale : Comtesse Tanneguy-Duchatel, Perpétuelle à fleur ponctuée, Mistress Crips, Perpétuelle indigo, Hybride de Bourbon, Mousseux, Princesse Adélaïde, qu'il indique comme Hybrides Perpétuelles.

Le même recueil (Rev. hort., 1844-1845) parlant de la Rose Ernestine de Barante, obtenue par François Lacharme, notre compatriote de la Guillotière, dit de cette variété qu'elle paraît être de la tribu des Centfeuilles et se placer entre la Gloire de Guérin et Psyché des hybrides remontants.

En 1847, les hybrides remontants se multiplient beaucoup. En 1848, Oger, de Caen, a obtenu Georges le Camus, cette nouvelle variété se place dans la section des Hybrides remontants, tels que Roses Jacques Laffitte, Madame Danrasme, Baronne Prévost, La Reine et Duchesse de Sutherland, avec lesquelles elle a beaucoup de rapports. Mais à cette même date la Revue Horticole donne une liste de Rosiers remontants, en indiquant leur origine, renseignement précieux, ce sont:

En 1849, Herincq écrivait ce qui suit:

La Rose, cette merveille du règne végétal, aura toujours des admirateurs. Quel que soit, en effet, le sentiment qui nous porte à rechercher la richesse et l'éclat des plantes exotiques, un penchant irrésistible nous ramène constamment vers cette beauté favorite des peintres, à la vue de laquelle les poètes de toutes les époques sont venus s'inspirer.

Cependant la Rose, comme d'autres grandeurs, a eu aussi ses vicissitudes. — La Rose Cent-Feuilles, la plus parfaite des variétés, celle qui réunissait à elle seule aux yeux des amateurs et au plus haut degré, toutes les qualités dont ses congénères ne possèdent qu'une partie et qui figurait naguère au premier rang dans nos jardins, se trouve aujourd'hui délaissée par un caprice de la mode; déesse bizarre dont les arrêts, quoique fugitifs, n'en sont pas moins cruels, puisque, sous le prétexte qu'elle n'est pas remontante, elle exile aujourd'hui la Cent-Feuilles et accueille les Remontantes qui à ses yeux, réunissent actuellement toutes les qualités. — Quoi qu'il en soit, et forcés ide nous incliner devant sa loi, nous allons enregistrer ici celles de ces Remontantes que nous avons admirées chez nos principaux rosiéristes de Paris. Plusieurs des variétés nouvelles de M. Portemer, à Gentilly méritent, en effet, au plus haut degré d'entrer dans les collections de choix. Nous croyons donc être agréables à nos lecteurs en leur donnant les noms et une courte description de celles que nous avons vues chez et habile horticulteur.

Suit cette liste qui se poursuit et s'augmente, d'année en année, à partir de 1850.

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Si le lecteur a bien voulu prendre la peine de consulter les notes qui précèdent, il ne fera nulle difficulté de conclure, avec nous, que ce n'est que vers 1820 qu'on voit apparaître dans les jardins les Rosiers hybrides, et vers 1840, le qualificatif remontant. Ce dernier s'étant substitué peu à peu à perpétuel, pour désigner des variétés d'origine incertaine, fleurissant plusieurs fois dans l'année et constituant une classe un peu disparate à cause de son origine complexe et obscure.

On trouve, en effet, dans ce qu'on est convenu de nommer hybrides remontants, des variétés chez lesquelles les espèces suivantes sont intervenues pour les former, telles que les Perpétuelles, les Bifères, les Bengales, les Iles-Bourbon, les Alba, les Pimprenelles et les Noisette.

Un fait qu'il faut retenir des notes plutôt rares qui nous ont été laissées par les premiers obtenteurs d'hybrides, fait dont il faut encore tenir compte dans les croisements actuels, c'est que bien souvent, le caractère remontant de certains types se perd par hybridation, quand l'un des types croisés ne remonte pas.

Il y a mieux, dans le croisement de deux Rosiers remontants, si l'un de ces Rosiers a pour ascendants une variété d'origine métisse, dont l'un des ancêtres ne remontait pas, le produit peut ne pas remonter non plus.

Pour justifier la première de ces assertions, il suffit de jeter un coup d'oeil sur quelques-unes des séries d'hybrides publiées dans les catalogues anciens où les ouvrages d'horticulture. On y voit les hybrides de Bengale, de Noisette et d'Ile Bourbon ne pas remonter, parce qu'ils ont été croisés avec des espèces non remontantes. Nous-mêmes, nous avons hybride une Rose promifère par le Bengale commun, les sujets issus de ce croisement ne remontaient pas non plus.

Pour justifier la deuxième proposition, on pourrait certainement trouver un grand nombre de faits. En voici un: nous avons croisé Perle d'Or (Dubreuil), polyantha très remontant, avec le Rosier Bengale ordinaire. Le produit ne remontait pas non plus, parce que Perle d'Or compte dans ses ascendants des rosiers ne remontant pas.

(1) Production et mérite des Hybrides, par Viviand-Morel (Congrès horticole de 1903).

Nous nous permettons de rapporter ici quelques lignes relatives à cette question, qui ont paru, en 1893, dans le Journal de la Société d'Horticulture de France (1).

Expériences sur les hybrides du Rosier. — Nous rapportons ici trois expériences que nous avons faites sur des espèces de Rosiers. Dans la première, nous avons hybride une Rose sauvage, le Rosa pomiformis (ne donnant pas de variation par le semis), par la rose Bengale ordinaire (ne variant pas non plus naturellement). Dans la seconde, nous avons pris pour porte-graine une variété variant par le semis (Rose Thé var. Safrano) et une Rose sauvage ne variant pas, le Rosa gallica. Dans la troisième, nous avons hybride une Rose bengale ordinaire par un hybride de Rosa multiflora, le Rosier polyantha, var. Perle d'Or.

Les hybrides issus du Rosa pomiformis y.semperflorens, au nombre de dix, sont tous semblables entre eux. Les constituen des plantes très luxuriantes de végétation, ayant conservé presque tous les caractères de la plante-mère (R. pomiformis). Ils sont absolument stériles, mais se laissent féconder par le pollen des ascendants. Au lieu d'être à fleur simple, ils sont semi-doubles; ils ne remontent pas, mais à l'aiselle des rameaux, près des fleurs, ils développent des jets comme le Rosier Bengale.

Les hybrides de Rosa gallica et de Rosier Safrano se sont présentés sous trois formes très disparates, ne rappelant nullement leurs ascendants, si ce n'est une plante à bois grêle ayant quelque peu le faciès du Rosa gallica. Ces trois hybrides étaient à fleur simple et ne remontaient pas.

Les hybrides du Rosier Bengale par le Rosier polyantha nain var. Perle d'Or, ont produit un sujet non remontant, très sarmenteux, à fleur simple, ayant un grand nombre des caractères du Rosier multiflore.

On voudra bien remarquer qu'aucun des hybrides de ces trois expériences n'a produits de Rosiers remontants, ni de plante remarquable au point de vue de l'ornement. Il semble donc naturel de conclure que l'on n'arrive aux belles Roses que par des fécondations d'hybrides dérivés ou par le simple semis de ces mêmes hybrides. On est d'autant plus autorisé à conclure dans ce sens que les premiers hybridateurs de Roses ont mis fort longtemps pour arriver à obtenir de vrais hybrides remontants.

Si les croisements entre espèces remontantes et non remontantes ne produisent pas toujours des Rosiers remontants, il faut attribuer ce fait au caractère profond, solide de nos Rosiers d'Europe, qui ne se laissent pas influencer facilement, — au moins, sous nos climats, — par les Rosiers originaires de l'Inde. La même remarque peut s'appliquer aux croisements entre variétés remontantes dont un des ascendants ne remonte pas lui-même. Par un retour à l'ancêtre, le caractère profond, solide réapparaît.

On nous dira sans doute qu'il a bien fallu que les choses ne se passent pas toujours ainsi, puisque la série des Rosiers hybrides remontants compte beaucoup de variétés. Nous sommes d'accord. Il est bon de faire remarquer toutefois que certaines variétés d'hybrides remontants ne remontent que très peu et qu'il y en a même qui ne remontent pas du tout. Supposons qu'elles remontent toutes. Elles ne sont arrivées à remonter sérieusement qu'à la suite d'hybridations successives dans lesquelles le pollen des types indiens venait à nouveau tenter l'essai de faire prédominer leur caractère particulier. Quand ils n'y parvenaient pas du premier coup, ils arrivaient à la rescousse, une seconde, une troisième et même une quatrième fois. Au surplus, on sait qu'il se présente dans 'es semis des graines de métis fertiles, d'individus irrégulièrement disparates, chez lesquels les caractères ancestraux se dissocient pour s'associer de manières différentes. On a beaucoup de variétés intéressantes en choisissant les plus beaux de ces métis dérivés pour les répandre dans le commerce. Nous avons vu M. Pierre Liabaud, à qui on doit tant de belles roses, procéder ainsi. Sur cinq ou six mille Rosiers de semis, il en choisis sait quatre ou cinq et mettait les autres au feu.

D'autres semeurs, plus avisés, remarquaient souvent un Rosier métis semidouble, très florifère, remontant, susceptible de faire un bon porte-graines et le semaient à nouveau, soit purement et simplement, soit en le métissant à nouveau avec d'autres variétés métisses plus doubles ou de couleur plus recherchée. Quelques semeurs avisés doivent les belles variétés qu'ils ont mises au commerce à cette manière de procéder.

Si nous nous en rapportons à Laffay, la variété Prince Albert, hybride remontant, aurait pour origine le croisement d'un hybride de Bengale sarmenteux, non remontant, connu sous le nom de Gloire des Rosomanes, par un Rosier des quatre-saisons. Le caractère remontant de cette variété n'a été acquis qu'à la troisième ou quatrième génération et à la suite de croisements nouveaux.

Conclusions. — La série horticole des Rosiers hybrides remontants ne s'est constituée que lentement. Son origine est complexe. Les variétés qui la composent forment des groupes particuliers ayant des caractères communs, tels ceux se rapprochant des sortes suivantes : La Reine, Géant des Batailles, Général Jacqueminot, Jules Margottin, Charles Lefebvre, Victor Verdier, Captain Christy, etc. Ces deux derniers sont mâtinés de R. Thé.

D'après les documents que nous ont laissés les rosiéristes de 1820 à 1850, on semble être en droit de conclure que les Rosiers hybrides remontants sont des métis dérivés d'espèces remontantes asiatiques, telles que les Bengale, les Chinoises et les Roses à odeur de thé; il faut ajouter à ces sortes les R. de l'Ile-Bourbon (hybrides) et les Noisettes (hybrides) qui ont été croisées ou qui ont croisé les anciennes roses d'Europe, telles que les Damas (hybrides), les Alba (hybrides), les Cent-Feuilles, les Provins, les Pimprenelles et peut-être d'autres sortes dont quelques-unes remontaient déjà plus ou moins.

Les caractères disparates des hybrides remontants s'expliquent facilement par les multiples combinaisons de leur parenté; par les dissociations qu'elles ont subies, par la prédominance des caractères profonds sur les caractères de moindre importance des types et enfin par l'amalgame parfait de certains caractères particuliers donnant l'illusion de caractères analogues à ceux de certains types.

Le qualificatif hybride remontant a été mal choisi, parce qu'il laisse supposer que les autres Rosiers d'origine hybride, tels que les Noisette, les Ile-Bourbon, pour ne citer que ces deux sortes anciennes, ne sont pas remontants, ce qui est une erreur.