Journal des Roses 31: 127-130 (Aug 1907)

ESSAIS SUR L'ORIGINE DES ROSIERS HYBRIDES REMONTANTS
V. VIVIAND-MOREL

Quand il vient à l'idée de tirer au clair l'origine de certaines appellations citées dans la nomenclature horticole, relui qui en tente l'essai est souvent très étonné des difficultés qu'il rencontre au cours de ses recherches.

C'est le cas, par exemple, pour cette série de rosiers qu'on trouve inscrite de puis soixante ans dans les livres d'horticulture sous le nom d'Hybrides remontants.

A les voir trôner si nombreux depuis plus d'un demi-siècle, soit dans les jardins, soit dans les prospectus, il semblerait qu'ils ont dû toujours exister. Il n'en est rien. Les horticulteurs anciens ont seuls quelque souvenance de les avoir vus, timidement apparaître, les uns après les autres, jusqu'au jour cè leur nombre s'étant considérablement accru, ils ont carrément arboré leur étendard définitif.

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Le petit travail qui va suivre a demandé beaucoup de temps à celui qui l'a entrepris. Peut-être, lui dira-t-on qu'il aurait pu employer ses loisirs à quelques notes plus utiles: les questions de nomenclature et d'histoire horticoles intéressant assez médiocrement la génération actuelle des amateurs. Il répondra à ceux de ses confrères qui lui feraient cette remarque, qu'il est bien de Leur avis, mais que voulant s'instruire lui-même, il a pensé que cette ébauche d'essai historique serait peut-être utile aussi à quelques curieux. Du reste, il ne cache pas que, en dehors de la pure curiosité qui semble l'avoir guidé dans ses recherches, les esprits avertis, — il entend ceux s'occupant de croisement dans le genre rosier, — qui sauront lire entre les lignes, trouveront quand même quelques indications dont ils pourront faire profit.

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Il ne semble pas que le qualificatif hybride appliqué aux rosiers cultivés ait apparu dans les catalogues et les livres de jardinage, avant l'année 1820. Nous ne l'avons pas vu dans ceux que nous avons consultés. Quand à celui d'hybride remontant, il se montre, timidement encore, vingt ans plus tard, mais ce n'est que vers 1850 qu'il est accepté d'une manière définitive par les rosiéristes.

A la vérité, quelques rosiers remontants existaient déjà dans les jardins, fort longtemps avant 1820: niais ils y étaient cultivés sous d'autres noms, notamment sous ceux de: R. perpétua (R. perpétuel), de R. Bifera (R. des Quatre-Saisons). On peut ajouter à ces sortes, les rosiers introduits des Indes à la fin du XVIII* siècle (rosier du Bengale, de la Chine et à odeur de thé). Vinrent plus tard les rosiers de Noisette et de l'Ile-Bourbon, remontants aussi et qui au surplus, sont des hybrides.

Il ne paraît pas douteux que l'adjectif remontant se soit substitué à perpétuel. Mais il ne représente plus les rosiers perpétuels, de la section des Damas, ni les R. bifères du groupe des Centfeuilles. Les Hybrides remontants constituent une série composite, dans laquelle les caractères des sujets qui la constituent sont extrêmement variés et variables. Ces sujets ont d'abord été, pour le plus grand nombre de simples hybrides, issus du croisement de deux espèces; puis par la suite, ils se sont recroisés avec leurs parents ou avec d'autres groupes voisins, formant ainsi des métis de plus en plus complexes, dont il est difficile de fixer la vraie parenté. Il y a certainement chez les Hybrides remontants actuels du sang (je veux dire de la sève et du protoplasma), des espèces suivantes: Rosiers du Bengale, de la Chine, à odeur de thé, Damas, Centfeuilles, Alba, Ile-Bourbon et peut-être d'autres comme les Musqués et les Pimprenelles.

(1) Catalogue des Roses cultivées, par J.-P. Vibert Paris. 1822.

Hybrides de Rosiers. — Les hybrides de rosiers ont existé de tout temps, soit dans les bois, les taillis, les montagnes où les espèces croissent en mélange à l'état sauvage, soit dans les jardins où on les cultive depuis des milliers d'années. Seulement, ces hybrides étaient méconnus. On ne commença à parler sérieusement d'hybrides que dans le premier quart du xix° siècle. Dumont de Courset, qui s'est cependant occupé des roses, ne cite pas un seul hybride dans la seconde édition de son Botaniste cultivateur, publié en 1811. Cependant, il est probable que si les notes que Descemet, qui sema pendant douze ans (de 1800 à 1812), de nombreux rosiers, ne s'étaient point égarées, ainsi que nous le fait savoir Vibert, le célèbre rosiériste (1), nous aurions des renseignements précieux sur les hybrides de rosiers cultivés à cette époque.

En effet, Vibert (loc. cit.), qui avait acquis une partie des rosiers de Descemet, mentionne, en 1822, un certain nombre d'hybrides. Il en signale dans les Pimprenelles, les Bengales (hybrides ou Bengales altérés qui ne remontant pas); dans les Quatre-Saisons (ils ne remontent pas non plus); dans les Centfeuilles et enfin il forme une classe à part de vingt-cinq variétés, sous la rubrique: Hybrides ou variétés incertaines.

Il est à remarquer que les hybrides signalés par Vibert ne remontent pas et pendant de longues années encore ils ne remonteront pas davantage.

Desportes (catal. Paris, 1829), signale des roses hybrides dans les espèces suivantes: Pimprenelles, Alpina (Boursault), les Centfeuilles, Bengale, thé; Noisette, Arvensis, Musqué. Il ne mentionne aucun hybride remontant. Ce vocable n'apparaîtra que longtemps après. Il semble s'être substitué purement et simplement à perpétuel, qui est un qualificatif donné à quelques variétés de rosiers de Damas, entre autres par Thory, Vibert, Desportes, Miellez, etc. La plus célèbre des roses dites perpétuelles est la Rose du Roi, dite Perpétuelle de Le Lieur.

Le qualificatif perpétuel étant un peu excessif n'a pas duré, le temps ne respecte généralement pas ces sortes d'adjectifs. Nous ne sommes perpétuels ni les uns, ni les autres; les roses non plus. Passons.

En 1832, la Revue horticole signale un rosier hybride de Portland et de Damas, sous le nom de Félicité Hardy, neuf hybrides de Bengale et un hybride de Provins, nommé Elvina. Dans le même recueil et à la même date, figure la rose Maria Leonida (hyb. de R. bracteata thé).

En 1832 aussi, apparaît une rose hybride encore plus perpétuelle que les autres, c'est la Rosa perpetuosissima qui a fait dire par Boitard des choses désagréables à Poiteau, parce qu'il avait laissé dans la Revue horticole l'annonce de la susdite rose, sous la rubrique suivante:

Le DÉSESPOIR DES AMATEURS.Rosa perpetuosissima, hybride Damas, de l'Ile-Bourbon, de Noisette, de Maïalis, de Bengale, de thé et de Centfeuilles, après en avoir donné la description suivante, l'obtenteur ajoute:

« Fleurs au printemps excessivement nombreuses, couvrant presque le feuillage, disposées en corymbe considérable, large et assez lâche pour qu'elles ne se gênent pas après cette floraison, les fleurs encore très abondantes, incomparablement plus que sur nos Perpétuelles les plus florifères, moins arrêtées qu'elles par les premières gelées qui surprennent souvent ce rosier tout boutonné, se présentent en nombreuses corymbes et ombelles de 2 à 8 boutons; pédoncule glanduleux portant, ainsi que les bois, des taches noires comme des brûlures; ovaire subpyriforme ou conique, glabre, vert pâle.

Ce magnifique rosier porte les caractères spéciaux des espèces suivantes: il a des Damas, le bois, les aiguillons; des Maïalis, le pétiole, l'aspect des feuilles; des Bengales, les folioles; des Noisette, les corymbes; des Iles de Bourbon, l'ovaire; des thé, les taches noires sur le bois et le pédoncule, et des Centfeuilles, l'odeur.

Il sera vendu cet automne 1833, par l'amateur qui la obtenu, à raison de 15 francs le pied greffé; 40 francs les trois; 66 francs les six et 120 francs les douze pieds. Les horticulteurs marchands qui en prendront six, pourront payer moitié en plantes choisies par le vendeur aux prix de leurs catalogues.

Les demandes seront servies par ordre de date; pour la sûreté, la facilité et la promptitude de leurs expéditions, les amateurs sont invités à les faire avant le 1or novembre prochain; cependant, celles qui seront reçues plus tard, n'en seront pas moins sûrement expédiées; mais les frais de port augmenteront d'autant plus qu'il faudra davantage de précautions contre les grandes gelées. S'adresser, franc de port, à M. Foulard, horticulteur, rue de la Madeleine, n° 1, au Mans, département de la Sarthe.

Nota. — Nous n'avons pas encore vu ce rosier, M. Laffay, à Auteuil, le possède déjà. M. Portemer, très habile connaisseur, l'a été voir et nous a dit que c'était un Portland bien remontant. »

(1) Il semble probable que l'amateur M. Foulard, qui a vendu cette rose plus que perpétuelle, si on ose s'exprimer ainsi, aura pris du pollen de quelques variétés des groupes de Rosiers qu'il donne comme parents à sa plante et qu'il en aura imprégné les stigmates de la plante-mère, que celle-ci aura produit des graines. Il se sera imaginé ensuite que « c'était arrivé.»

A l'heure actuelle, on sait que la plupart des hybrides de roses sont des métis extrêmement complexes et que beaucoup de variétés pourraient revendiquer une filiation très compliquée.

Perpétuel était déjà abusif, mais que penser de « perpetuosissima » (1)?

On a toujours abusé de la valeur des mots dans la nomenclature des roses de jardin. Vibert, déjà cité, le faisait remarquer à ses contemporains en 1822.

« On nomme, disait-il, double ce qui n'est que semi-double; plein ce qui est à peine double; on désigne sous le nom de Quatre-Saisons une classe qui n'est que bifère, et sous cette dernière dénomination beaucoup de variétés qui ne fleurissent qu'une fois; on prodigue les noms les plus pompeux à des roses d'une beauté au moins équivoque... »

Les Annales de Flore et de Pomone (1833-34), signalent des hybrides de Noisette, de Bengale et une rose de Portland très remontante.

En 1835-36, le même recueil mentionne la rose Perpétuelle de Neuilly, variété intéressante hybride sortant de la rose Athalin, qui elle-même a été produite par la rose de l'Ile-Bourbon. Elle est d'une odeur suave, bien prononcée et franchement remontante. La même année, Duval met au commerce la rose Duret, très remontante, dit-il, issue de la Rose du Roi. La Revue horticole fait connaître aussi des hybrides de Bengale, moins fleurissants, mais qui ne manquent pas de mérite.

En 1836-37 donne à Mme Sylvain Péan, l'occasion de mettre au commerce deux hybrides de Bengale et un hybride d'Alba, dénommé Francine.

L'année 1837-38 voit naître toujours des hybrides de Bengale, des hybrides de Provins, des Alba, indiqués par Hardy (Ann. de Flore et de Pomone). Le même auteur insiste sur l'hybride de Laqueue et la Reine de Danemark, hybride d'Alba.

En 1840, Lafay à qui on doit tant de belles roses, obtient Prince-Albert, hybride perpétuelle dont il indique l'origine. Elle est le résultat de la fécondation de la variété Gloire des Rosomanes par un rosier des Quatre-Saisons. Cette indication est précieuse, comme on verra plus loin.

Nous allons enfin voir apparaître les hybrides remontants.

Dans une longue liste de rosiers, de la collection V. Verdier, de Paris, Victor Paquet, dans le cahier de septembre 1842, de la Revue horticole, énumère un grand nombre de variétés de rosiers, classées dans les sections connues à cette époque. Parmi ces sections, figurent les Hybrides incertaines, les hybrides de Bengale (non remontants), les hybrides de Noisette (non remontants), les hybrides de l'Ile-Bourbon (non remontants). Puis des:

Hybrides remontants. — Bréon, gr. pl. carmin vif onglet blanc. — Clémentine Duval, moy. pl. bomb. rose un peu lilacé. — Coquette de Montmorency, moy. pl. bien faite, rouge violacé. — Grand Capitaine, moy. tr. mult. ou pl. creusé carmin vif. — Perpétuelle de Neuilly, moy. ou gr. rouge carminé (1835). — Roblin, gr. pl. bomb. rouge

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