Revue Horticole, 1876, pp. 253-256
Rosa Polyantha
E.-A. Carrière

Cette espèce est originaire du Japon, d’où elle fut introduite en France pour la première fois, à notre connaissance du moins, vers 1862. C’est au Fleuriste de Paris qu’arriva le premier pied qui existe encore et qui, planté aux pépinières de Longchamps, y forme un fort buisson qui chaque année se couvre de milliers de fleurs d’un très-beau blanc. Voici les caractères que nous a présentés le type. This species is native to Japan, from where it was introduced into France for the first time, at least to our knowledge, around 1862. It was at the Fleuriste de Paris that the first plant which still exists arrived and which, planted in Nurseries of Longchamps, forms there a strong bush which every year is covered with thousands of flowers of a very beautiful white. Here are the characters presented to us by the type.

Fig. 49 — Rosa polyantha, de grandeur naturelle.
Arbuste excessivement buissonneux, d’une tres-grande vigueur; rameaux stériles, subsarmenteux, atteignant jusque près de 2 mètres de longueur chez les jeunes individus francs de pied, munis de forts aiguillons élargis à la base, légèrement arqués. Feuilles à 5-7, parfois 9 paires de folioles ovales-elliptiques, molles, douces au toucher, villeuses, largement, mais peu profondément dentées; rachis roux, muni de courts aiguillons de même couleur, élargi à sa base qui est fortement barbelée de chaque côté. Rameaux florifères relativement grêles, à folioles plus petites, plus arrondies et plus sensiblement dentées que celles des rameaux stériles. Inflorescences en longues panicules pyramidales subconiques, strictement dressées, très-ramitiées; boutons très-petits, solitaires, ou le plus ordinairement réunis sur un pédicelle courtement villeux. Fleurs légèrement et agréablement odorantes, à odeur rappelant un peu celle des Roses thés, blanc pur ou légèrement soufré, à 5 pétales cunéiformes, très-larges au sommet qui, dans son milieu, porte une large dépression ou échancrure, qui donne à l’ensemble de la fleur la forme d’une croix de Malte à 5 branches, ce que démontrent les figures ci-contre. Fruits (fig. 49) très-petits, à divisions calicinales caduques, d’un beau rouge très-luisant et comme vernis à la maturité, contenant plusieurs graines longues et étroites. Excessively bushy shrub, very vigorous; non-flowering canes more-or-less sarmentose, reaching up to nearly 2 meters in length in young individuals, with strong spines widened at the base, slightly arched. Leaves with 5-7, sometimes 9 pairs of ovate-elliptical leaflets, soft, soft to the touch, villous, broadly, but shallowly toothed; rachis reddish, with short spines of the same color, widened at its base which is strongly barbed on each side. Flowering branches relatively slender, with smaller leaflets, more rounded and more noticeably toothed than those of non-flowering twigs. Inflorescences in long, subconical pyramidal panicles, strictly erect, very branched; buds very small, solitary, or most commonly united on a short villous pedicel. Flowers slightly and pleasantly fragrant, with an odor somewhat reminiscent of Tea Roses, pure white or slightly sulfur, with 5 wedge-shaped petals, very broad at the top which, in its middle, bears a large depression or notch, which gives to the whole flower is in the shape of a Maltese cross with 5 branches, as shown in the figures opposite. Fruits (Fig. 49) very small, with deciduous calyx divisions, of a beautiful very shiny red and like varnish when ripe, containing several long and narrow seeds.
Le Rosa polyantha, Sieb. et Zucc. (Familiae naturales, pars Ia, no 56, p. 20) fleurit vers la fin de mai. C’est une plante très ornementale. Si cette espèce est originaire du Japon, ainsi qu’on l’assure, on la trouve également en Chine, soit qu’on l’y ait introduite, soit qu’elle y existe aussi à l’état spontané. C’est de ce dernier pays que l’établissement A. Leroy l’avait reçue, mais sans aucune autre dénomination que « rose nouvelle. » Des échantillons fleuris nous ayant été envoyés de cet établissement en 1868, nous avons fait des recherches et consulté des savants compétents pour savoir si cette espèce était connue. Pritzel même ne la cite pas; il indique un Rosa polyantha (Ressing, Die Rosen, Leipzig, 1802-20). Mais celle-ci, qui appartient au groupe des Rosiers cent feuilles et qui est à fleurs doubles rouges, n’a rien de commun avec la plante qui nous occupe. Toutes nos recherches ayant été infructueuses, c’est alors que nous l’avons décrite et figurée dans la Revue horticole (1) sous le nom de Rosa intermedia et que nous écrivions les lignes suivantes: The Rosa polyantha, Sieb. and Zucc. (Familiae naturales, pars Ia, no 56, p. 20) flowers towards the end of May. It is a very ornamental plant. While this species is believed to be native to Japan, it is also found in China, either through introduction or also occurring spontaneously. It was from the latter country that the A. Leroy establishment had received it, but without any other name than "new rose." Since samples of flowers were sent to us from this establishment in 1868, we researched and consulted with knowledgeable scientists to see if this species was known. Even Pritzel does not quote it; he indicates a Rosa polyantha (Ressing, Die Rosen, Leipzig, 1802-20). But this one, which belongs to the Hundred Leaf Roses group and has double red flowers, has nothing in common with the plant we are discussing. All our research having been unsuccessful, it was then that we described and featured in the Revue horticole (1) under the name Rosa intermedia and that we wrote the following lines:
(1) Voir Rev. hort., 1868, p. 269.Rosa intermedia, Carr., l.c. — Rosa dubia, Carr., mss.
(1) See Rev. hort., 1868, p. 269.Rosa intermedia, Carr., l.c. — Rosa dubia, Carr., mss.
Cette espèce très-remarquable ne manque pas d'intérêt au point de vue de l’ornamentation; elle en présente surtout au point de vue scientifique. Le qualificatif intermedia que nous lui avons donné est très-exact. En effet, si par ses caractères organiques elle rentre dans les Rosiers, par son aspect général, par son inflorescence surtout, elle semble appartenir au genre Rubus (Ronce). This very remarkable species is not lacking in interest from the point of view of ornamentation; it presents them above all from a scientific point of view. The qualifier intermedia which we have given it is very exact. Indeed, if by its organic characters it returns in the Roses, by its general aspect, by its inflorescence especially, it seems to belong to the genus Rubus (Bramble).
Il n’y a même que très -peu de temps que, grâce à l’extrême obligeance de M. Lavallée, secrétaire général de la Société centrale d’horticulture de France, nous avons appris que cette espèce avait été décrite et figurée par Siebold et Zuccarini. It is even only a very short time since, thanks to the extreme kindness of M. Lavallée, secretary general of the Central Society of Horticulture of France, we learned that this species had been described and figured by Siebold and Zuccarini.
Le R. polyantha paraît varier très-facilement, et le petit nombre de semis qu’on a déjà faits a déjà donné des variétés parfois même tellement différentes du type, qu’elles n’en ont conservé aucun des caractères. R. polyantha appears to vary very easily, and the small number of seedlings already made has already given varieties, sometimes even so different from the type, that they have retained none of their characteristics.
Ainsi, dans une lettre qu’il nous écrivait le 8 septembre 1873, M. Jean Sisley nous disait: Thus, in a letter he wrote to us on September 8, 1873, Mr. Jean Sisley told us:
En 1871, je récoltai quelques graines le 21 novembre; semées le môme jour, elles germèrent le 20 décembre; mises en pleine terre en mars 1873, celles qui ont fleuri ce printemps (une trentaine environ) avaient à peu près le feuillage du type; mais les fleurs solitaires étaient celles du Rosa canina; les autres fleuriront probablement l’année prochaine.

Ce Polyantha simple que j’ai donné autour de moi a déjà produit sans fécondation artificielle des variétés très-distinctes et très-remarquables. Guillot fils en a obtenu à fleurs doubles, jaunes comme celles du Rosier Banks, et des doubles rouges, et un qu’il dit remontant, d’autres qui par le feuillage ressemblent aux microphylla; mais aucune de ces variétés n’a conservé ce qui distingue le type: la floraison en panicule qui, selon moi, en fait le plus grand mérite et le distingue de tous les autres Rosiers.

In 1871, I collected some seeds on November 21; sown on the same day, they germinated on December 20; placed in the ground in March 1873, those which flowered this spring (about thirty) had more or less the foliage of the type; but the individual flowers were like those of Rosa canina; the others will probably bloom next year.

This single-flowered Polyantha which I have distributed around me has already produced without artificial fertilization very distinct and very remarkable varieties. Guillot fils got some with double flowers, yellow like those of the Banksiae Rose, and double red ones, and one which he says repeats, others which in foliage resemble microphylla; but none of these varieties have retained what sets the type apart: the panicle flowering which, in my opinion, makes it the greatest merit and sets it apart from all other Roses.
Le 30 juin de cette même année 1873, à propos de cette espèce, M. Sisley nous écrivait: On June 30 of that same year 1873, referring to this species, Mr. Sisley wrote to us:
.... Le R. polyantha est très-rustique; il a supporté nos deux hivers rigoureux. Il graine facilement et a déjà produit plusieurs variétés, mais qui ne sont pas encore dans le domaine public. Il y en a à fleurs rose simple, rose double, jaune simple et double, blanc très-double. Cette dernière va être mise au commerce (1).
... R. polyantha is very hardy; it endured our two harsh winters. It seeds easily and has already produced several varieties, but which are not yet in the public domain. There are flowers with single rose, double rose, single and double yellow, and very double white. The latter will be put on the market (1).
(1) Cette plante à fleurs blanches très-double ressemble à une Rose noisette en miniature; elle semble être l’équivalent des Bengales Pompon, et pouvoir, comme eux, être employée à former des bordures, usage auquel elle est d’autant plus propre qu’elle est très-remontante. On a pu la voir à l’exposition dernière, au palais de l’Industrie, dans le lot de MM. Lévêque et fils, horticulteurs, rue du Liégat, à Ivry-lès-Paris, sous le nom de Pâquerette, par allusion au nanisme de toutes ses parties et à la gentillesse de sa fleur.
(1) This very double white flowering plant resembles a miniature Noisette rose; it seems to be the equivalent of the Bengales Pompon, and can, like them, be used to form borders, a use in which it is all the more clean as it is very free blooming. We could see it at the last exhibition, at the Palace of Industry, in the lot of MM. Lévêque et fils, horticulturists, rue du Liégat, in Ivry-lès-Paris, under the name of Pâquerette, alluding to the dwarfism of all its parts and the kindness of its flower.
De mes semis de l'an passé, deux ont fleuri cette année et donné des fleurs simples blanches à centre rose, comme certains Eglantiers, et diffèrent du type non seulement par le coloris, mais encore par le port, car le polyantha fleurit en grappes, et aucun de ses enfants n’a conservé ce caractère.

Ph. Rambaux a exposé quelques semis qu’il a désignés comme noisettes, parce qu’ils en ont l’apparence; mais ils sont issus du Rosa polyantha, ce qu’il voulait dissimuler, comme font la plupart des semeurs.

Nous avons eu l’occasion de voir et d’étudier la végétation et la floraison de ces plantes de M. Rambaux, et nous n’hésitons pas à déclarer que tous avaient le faciès des thés et des noisettes, et que leurs fleurs, qui avaient également le caractère de celles de ces deux groupes, en avaient aussi la couleur et l’odeur. Toutes les plantes franchement remontantes n’ont cessé de fleurir que lorsque la gelée est venue les arrêter. Quant aux fruits qui étaient à peu près tous subsphériques, lisses, luisants, ils variaient de 7 à 10 millimètres de diamètre, et leur couleur variait du rouge orangé au violet brunâtre; à l’exception d’une seule variété sur quinze dont les divisions calicinales longuement ovales acuminées étaient persistantes, toutes les autres les avaient caduques.
Of my seedlings last year, two bloomed this year and gave single white flowers with a pink center, like some Rosehips, and differ from the type not only in colouration, but also in habit, as polyantha flowers in clusters, and none of his children retained this character.

Ph. Rambaux exhibited a few seedlings which he referred to as Noisettes, because they look like them; but they came from Rosa polyantha, which he wanted to conceal, as most sowers do.

We had the opportunity to see and study the vegetation and flowering of these plants of Mr. Rambaux, and we do not hesitate to declare that all had the characteristics of Teas and Noisettes, and that their flowers, which also had the character of those of these two groups, had also the color and the odor. All the clearly remontant plants did not stop flowering until the frost came. As for the fruits, which were almost all subspherical, smooth, shiny, they varied from 7 to 10 millimeters in diameter, and their color varied from orange-red to brownish-purple; With the exception of only one variety out of fifteen whose long oval acuminate calyx divisions were persistent, all the others had them deciduous.
Dans une lettre du 25 octobre 1875, à propos de cette même espèce, M. Sisley ajoutait: In a letter of October 25, 1875, concerning the same species, Mr. Sisley added:
J’allais oublier de vous dire que les graines de mes enfants de Rosa polyantha sont trois ou quatre fois plus grosses que celles de la mère.
I forgot to tell you that the seeds of my children of Rosa polyantha are three or four times bigger than those of the mother.

Fig. 50. — Fruits d’un semis de Rosa polyantha.

Fig. 51. — Rosa polyantha, fruits de grandeur naturelle.
Faisons observer que, relativement à ce dernier caractère, c’est aussi ce que nous avons constaté et que démontre la figure 50 qui représente le semis d’une variété du R. polyantha. Let us observe that, in relation to the latter characteristic, this is also what we have observed and shown in Figure 50 which represents the sowing of a variety of R. polyantha.
Avant de clore cette série d’observations qui montre la grande tendance à varier qu’a le rosa polyantha, faisons connaître un fait non moins remarquable de cette tendance. C’est la production par dimorphisme d’un drageon à fleurs doubles entièrement semblable au type par le port et la végétation, et n’en différant que par la duplicature des fleurs. Ce phénomène s’est produit au jardin botanique de Lyon (parc de la Tête-d’Or). Before concluding this series of observations, which shows the great tendency to vary that has the Rosa polyantha, let us know an equally remarkable fact of this tendency. It is the production by dimorphism of a double-flowered sucker entirely similar to the type in habit and vegetation, and differing only in doubled flowers. This phenomenon occurred at the botanical garden of Lyon (Parc de la Tête-d´Or).
Nous avons tenu à consigner tous ces faits et à donner les quelques figures cicontre du Rosa polyantha, d’abord pour faire connaître l’histoire de la plante, constater son arrivée chez nous et bien établir quels étaient ses caractères au moment de son introduction, de façon à servir la science en montrant dans quelles limites un type peut varier. Ceux des savants qui, contrairement au principe évangélique, auront des yeux « pour voir, » pourront, s’ils le veulent, en faire leur profit, ce que nous sommes disposé à mettre eh doute. Quant aux horticulteurs, sans se préoccuper de la cause qui produit cette tendance à la variation, ils sauront en profiter. We made a point of recording all these facts and giving the few figures opposite of Rosa polyantha, first of all to make known the history of the plant, to note its arrival in us and to establish well what were its characters at the time of its introduction, so as to serve science by showing within what limits a type can vary. Those scholars who, contrary to the evangelical principle, will have eyes "to see," will be able, if they wish, to profit from them, which we are prepared to question. As for the horticulturalists, regardless of the cause which produces this tendency to variation, they will know how to take advantage of it.

Fig. 52 – Inflorescence réduite du Rosa polyantha.

Fig. 53 – Partie d’une inflorescence du Rosa polyantha, réduite.

Bulletin de la Société royale de botanique de Belgique 15: 204 (1876)
2. R. thyrsiflora Leroy! R. intermedia Carrière, revue horticole, XVII (1868), p. 270 (non Bosc) ; Crépin, 1.c., p. 123; R. Wichurae K. Koch, wochens., n° 26 ? (1869).
Icon. Revue horticole, XVII, fig. 29 et 30.
Hab. — Le Japon ! Non la Chine, comme le dit M. Carrière.

Obs. La description qui a été faite dans la Revue horticole, prouve bien de la négligence de la part de son auteur! Des mots ronflants pour étourdir le vulgaire, des détails impossibles, et les caractères principaux sont passés sous silence! M. Crépin, l. c., a refait la description de ce rosier.
Hab. — Japan ! Not China, as Mr. Carrière says.

Obs. The description given in the Revue horticole proves the negligence on the part of its author! High-sounding words to stun the vulgar, impossible details, and the main characters are ignored! M. Crépin, l. c., has re-described this rosebush.

 

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