Revue Horticole pp. 455-457 (1852)
Note sur le Rosier Ile-Bourbon
Joseph Decaisne

On a écrit plusieurs notes sur ce Rosier, et chacun, en s'attribuant le mérite de l'importation en Europe, en a parlé comme d'un arbuste indigène à notre colonie. Cependant, en constatant le silence des botanistes célèbres qui nous ont fait connaître la Flore de Bourbon a l'égard d'une espèce aussi remarquable, et en observant la facilité avec laquelle elle résiste à nos hivers les plus rigoureux, j'ai soupçonné une erreur et j'ai cherché à obtenir quelques renseignements précis sur le lieu de son origine, en m'adressant à la personne la plus digne de confiance, M. Richard, directeur du Jardin colonial à Bourbon. Il a bien voulu répondre à ma demande; on verra que le Rosier auquel on a donné le nom de Rosier Ile-Bourbon est complétement étranger à cette île, et qu'en l'introduisant en France on n'a fait que prendre dans un jardin une plante déjà perfectionnée.

Je transcris en entier la lettre de M. Richard.

Saint-Denis, ile de la Réunion (Bourbon), le 4 avril 1852.

Monsieur,

(1) Les trois individus sont arrivés en fort bon étal au Muséum.

J'ai reçu votre lettre concernant le Rosier dit Bourbon. Je comptais en mettre plusieurs pieds dans la quatrième caisse qui devait aussi faire partie de ce premier envoi; mais ne pouvant en expédier que trois par le navire qui le porte, j'ai mis un plant de ce Rosier dans chacunes d'elles, quoiqu'elles fussent déjà remplies d'autres plantes. Je pense qu'il en arrivera bien à Paris un pied ou deux qui ne seront pas morts; car les Rosiers résistent difficilement dans un aussi long voyage, enfermés dans des caisses vitrées1.

Ce Rosier n'est pas de Bourbon, où il porte généralement le nom de Rosier Edouard, nom qui lui vient d'un nommé Édouard qui, à ce qu'il parait, l'aurait trouvé, il y a bien des années, sur une ancienne habitation abandonnée de la Compagnie des Indes, quand elle possédait l'île Bourbon.

J'ai toujours considéré ce Rosier comme étant, si je ne me trompe, celui que De Candolle désigne sous le nom de Rosa Indica, mais qui, je crois, n'est pas des Indes, mais plutôt de la Chine ou du Japon.

Quelques variétés du Rosier dit Bourbon, que nous avons reçues de France, ont, par leurs tiges, leurs feuilles, la disposition de la fleur, les caractères du R. Edouard. Une de ces variétés, après avoir été greffée sur le R. Édouard, a repris son type naturel en redevenant le R. Edouard.

J'ai reçu, il n'y a pas longtemps, de France, un Rosier sous le nom de Rose Bourbon Souvenir de la Malmaison. Cette variété ne se distingue du R. Edouard que par sa fleur, qui est plus blanche, plus double, et un peu rosée dans le milieu; les autres caractères sont les mêmes.

Le R. Edouard vient partout ici où on veut le cultiver, dans les bas, où il fait très chaud, comme dans les hauts, sur les montagnes , où il fait froid pendant une saison; il fleurit en tous temps et donne une fleur double d'une couleur rosée agréable; je ne l'ai pas vu à fleurs simples.

En 1834, j'avais déjà envoyé ce Rosier au Muséum; il parait qu'il n'est pas arrivé vivant.

Richard.

Le renseignement fourni par M. Richard est précieux en ce qu'il démontre que le Rosier Ile-Rourbon n'est arrivé en Europe qu'assez récemment. En effet, les journaux d'horticulture se taisent absolument sur cette précieuse espèce; car si Le Bon Jardinier enregistre en 1825 un Rosier Bourbon, il ne faudra pas le confondre avec celui qui nous occupe. Cette variété, signalée par M. de Prouville [Pronville], a été obtenue à Bruxelles, par M. Symon, et classée parmi les Provins à fleurs rouge violacée, et c'est dans cette catégorie qu'elle est placée par Redouté. Ni Le Bon Jardinier, ni les monographies de Rosiers, ni le Manuel complet du Jardinier, de Noisette, publié en 1827, ne signalent la Rose Ile-Bourbon. Il faut remonter à d'autres années pour voir apparaître, au milieu d'une vingtaine d'autres, la variété que l'on regarde, sans preuve, comme la souche des Rosiers Ile-Bourbon. On la trouvera classée parmi les R. du Bengale. J. D.


We wrote several notes on the Rose, and everyone, taking credit for its importation into Europe, has spoken of it as shrub native to our colony. However, noting the silence of famous botanists who have made ​​known the Flora of Bourbon respect of a species as remarkable, and observing the ease with which it resists the harshest winters, I suspected a error and I tried to get some specific information about the location of its origin, in speaking to the person most trusted, Richard, director of the colonial Garden of Bourbon. He was kind enough to answer my request, we will see that the Rose which has been given the name of Bourbon Rose is completely foreign to the island, and that the introduction in France it has merely taken in a garden plant already perfected.

I transcribe in full the letter from Mr. Richard.

Saint-Denis, ile de la Réunion (Bourbon), le 4 avril 1852.

Monsieur,

I received your letter concerning the said Bourbon Rose. I planned to put several stocks in the fourth case that was also part of this first shipment, but unable to ship in only three by the ship which carries it, I put a plant of this rose in each of them, though they were already filled with other plants. I think it will come good in Paris a foot or two that will not be dead, for the roses hardly resist a long journey, enclosed in a glass case.

This Rose is not Bourbon, where it is generally called Edward Rose, a name which comes from a man named Edward who, it seems, would have found it many years ago, on a old house abandoned by the East India Company, when it owned the Ile de Bourbon.

I have always considered this rose as being, if I am not mistaken, the one that De Candolle refers to as the Rosa indica, but, I believe, is not from the Indies, but from China or Japan.

Some varieties of Rose called Bourbon, we have received from France, and by their stems, leaves, the disposition of the flower, the characters of R. Edouard. One of these varieties, after being grafted on R. Edward returned to its natural type, reverting to the R. Edouard.

I received not long ago, from France, a Rose under the name Bourbon Rose Souvenir de la Malmaison. This variety is distinguished from R. Edward by the flower, which is whiter, more double, and a little pink in the middle, the other characters are the same.

R. Edward is everywhere here where we want to grow it in the bottom, where it is very hot, as in the heights, the mountains, where it is cold for a season; it flowers at all times and gives a double flower of a pleasant pink; I have not seen with single flowers.

In 1834, I had already sent to the Rose Museum, it seems that it did not arrive alive.

Richard

The information provided by Mr. Richard is valuable in that it demonstrates that the Ile Bourbon Rose has arrived relatively recently in Europe. Indeed, horticultural newspapers are absolutely silent in this valuable case, for if Le Bon Jardinier recorded in 1825 a Bourbon Rose, we should not be confused with the present one. This variety, indicated by Prouville [Pronville] was obtained in Brussels, by Mr. Symon, and ranked among the Provins with purplish red flowers, and it is in this category it is placed by Redouté. Neither Le Bon Jardinier, or monographs of roses or the Complete Manual of Gardening, by Noisette, published in 1827, do not report the Ile Bourbon Rose. We must go back to other years appear in the middle of a dozen other, the variety you look, without proof, as the strain of Ile Bourbon roses. It will be found listed as R. of Bengal. J. D.


In Decaisne's opinion, the original Bourbon rose was not a cross between an Autumn Damask and the Common China (Old Blush), as commonly reported. Instead, it may have been an unusually hardy Bengal or China rose — presumably much hardier than Souv. de la Malmaison that it resembled. However, E.H. "China" Wilson (1915) disagreed: "This Rose Edward is of much interest; long ago it was cultivated in Calcutta and it is obviously a Hybrid Chinese. The specimen I have seen strongly suggests R. chinensis x R. centifolia as its parentage."