Journal des Roses June 1900 pp. 87-89
Rosa Pernetiana (VAR. SOLEIL D'OR)
PIERRE COCHET

Cette nouveauté, due à M. Pernet-Ducher, l'habile semeur lyonnais, si avantageusement connu, a été tout spécialement dessinée pour nos lecteurs afin de leur donner l'image fidèle do la fleur. Elle forme un hybride tout s. fait particulier dans la genre rosier. Ce n'est pas une de ces roses banales comme on en voit hélas beaucoup trop dans le commerce, mais bien un croisement heureux, dû à la persévérance d'un chercheur infatigable auquel nous devons déjà une longue liste de belles et bonnes variétés.

Voici l'histoire de cette fameuse fleur que nous désignerons maintenant sous le nom de Soleil d'Or, dénomination que son obtenteur lui a octroyé.

C'est depuis 1883 que M. Pernet-Ducher cherche a obtenir par voie de croisement des variétés provenant de Persian Yellow (Rosa lutea) avec d'autres remontantes. Ce savant rosiériste était hanté par le superbe coloris jaune du Persian qu'il désirait vivement obtenir remontant.

L'entreprise paraissait hardie, car Dame nature n'est pas toujours disposée k se laisser faire et bien des fois on obtient d'elle — surtout dans la fécondation des plantes — tout le contraire de ce qu'on désire.

Bref, M. Pernet-Ducher, n'écoutant que son idée, se mit à faire une foule d'hybridations sur des hybrides remontants en employant toujours le Persian Yellow comme variété pollinisatrice.

Après bien des tâtonnements, il remarqua que la rose Antoine Ducher se prêtait plus facilement que toute autre au croisement avec le Rosa lutea.

En 1888, il naquit des semis obtenus de ces hybridations, lesquels mie en pépinière fleurirent successivement; les plantes étaient certainement bien curieuses, très intéressantes au point de vue botanique étant donné leurs variations, mais aucune ne présentait de valeur commerciale.

L'une d'elles seulement fut remarquée en 1891 et 1892 lors de sa floraison; elle donnait des fleurs semi‑doubles, rose vif, à base des pétales blanchâtres, formant étoile, a revers des pétales jaune clair, et possédant l'odeur fétide des Rosa lutea.

Elle aurait sans doute été délaissée ou du moins abandonnée, momentanément, ai le petit incident suivant, n'était survenu.

Dans une aimable causerie que fit M. Pernet-Ducher avec le sympathique rédacteur du Lyon-Horticole, M. Viviand-Morel, celui-ci mit au défi son ami de lui montrer des descendants de Rosa lutea qu'un autre horticulteur lyonnais, feu Allégatière, n'avait jamais pu faire grainer.

La saison suivante, c'est-à-dire en mai 1893, au moment de la floraison du fameux rosier semi-double et à fleurs roses dont il est fait mention plus haut, satisfaction fut donnée à M. Viviand-Morel. Mais en allant chercher les rameaux destinés à son ami, M. Pernet-Ducher s'aperçut que deux sujets étaient poussés à côté l'un de l'autre et que non seulement il avait conservé sa rose rose à fleurs semi-double, mais qu'un autre tout petit sujet laissait voir pour la première fois des fleurs bien pleines et d'un beau coloris jaune: Soleil d'Or était trouvé.

M. Pernet se trouvait donc doublement en mesure de convaincre M. Viviand-Morel, de la possibilité d'obtenir par le semis des variétés de Rosa Lulea non pas en faisant grainer celui-ci, mais en se servant de son pollen pour féconder d'autres espèces ou variétés.

La voie parcourue, tout en étant diamétralement opposée, n'en aboutissait pas moins au même but.

Soleil d'Or fut immédiatement greffé en plusieurs exemplaires et soigneusement étudié; en 1896 ii donna une seconde floraison, et ses rameaux florifères et remontante soigneusement sélectionnés et antés produisirent des plantes remontantes.

Fait digne de remarque, les premières plantes greffées en 1893 qui, au début, ne remontaient qu'accidentellement, devinrent franchement remontantes dans la suite par le seul fait de la nature de la variété qui a mis ainsi plusieurs années à se caractériser.

Soleil d'Or, obtenu en 1888, a gardé du père Persian Yellow le coloris des fleurs mais quelque peu modifié; le bois à écorce rougeâtre comme dans le type Lutea, les rameaux sont plus gros et plus érigés; le feuillage quoique ayant une certaine ressemblance avec celui de R. Lutea, est plus ample et d'un vert plus foncé, lorsqu'il est froissé il dégage une odeur sui generis qui rappelle l'odeur de la pomme. Quant à l'odeur de la fleur, chacun sait que Persian Yellow produit des roses d'un goût fétide et repoussant, Soleil d'Or au contraire, exhale un parfum agréable analogue à celui des roses cent-feuilles. Cette variété a aussi hérité de la rusticité du Persian et peut supporter des températures très basses sans en souffrir.

Si cette variété a conservé un certain nombre de caractères de son père, il n'en est pas de même vis-à-vis de la mère, la rose Antoine Ducher â laquelle elle se rapproche quelque peu seulement par la forma du péricarpe, le parfum de ses fleurs et sa qualité précieuse de remonter. Quant au port de l'arbuste, il est intermédiaire entre les deux parents.

Soleil d'Or sera vendu cet automne par son obtenteur à un prix suffisamment modéré pour que toutes les bourses puissent en faire l'acquisition; le stock des sujets disponibles est suffisant pour que satisfaction soit donnée aux demandes.

En annonçant sa mise au commerce pour le premier novembre 1900. M. Pernet-Ducher en fait la description suivante:

« Arbuste très vigoureux, de 60 à 80 centimètres de haut, rameaux droits, assez gros, bois brun, feuillage très rapproché, d'un beau vert gai, bouton conique d'un beau jaune, fleur très grande, 7 à 10 centimètres de diamètre, très pleine, globuleuse, les pétales du centre repliés intérieurement, superbe coloris variant du jaune d'or orange au jaune d'or rougeâtre nuancé de rose capucine, très odorante.

« Le coloris résiste au soleil, qui ne le fait point pâlir; par une température fraîche, la couleur est plus claire et se rapproche sensiblement de celle de la rose Persian Yellow. »

Suivant un précédent créé par Noisette, q'ui a donné son nom à un groupe de rosiers si appréciés, M. Pernet-Ducher a donné, avec raison, â cette nouvelle série du genre Rosa, la dénomination de Rosier Pernet, Rosa Pernetiana, afin de perpétuer l'indication de son origine.

Bien que Soleil d'or ne soit pas encore dans le commerce, nous avons été appelé à l'examiner dans plusieurs circonstances et notamment sur un envoi que sou heureux propriétaire a bien voulu nous adresser; aussi nous n'hésitons pas à en faire le pins grand éloge, certain que l'avenir confirmera nos appréciations. Du reste, les récompenses suivantes obtenues par cette nouveauté sont suffisamment éloquentes pour que nous n'ayons pas besoin d'insister plus longtemps sur son mérite.

1898. Août-septembre. 1er prix, médaille d'or, exposition internationale d'horticulture de Lyon.

1899. 17 juin. Diplôme d'honneur. Certificat de mérite de l classe à l'exposition de Tours. Congrès des rosiéristes).

1899. 2-5 juin, 1er prix. Grande médaille de vermeil à l'exposition de Dijon.

1899. 19 juillet, 1er prix. Médaille d'or, décerné par l'Association horticole Lyonnaise, à Lyon.

1890. 27 juillet. Certificat de mérite de 1re classe avec félicitations, a la section des roses de la Société nationale d'horticulture de France.

1899. 12 août, 1er prix. Grande médaille de vermeil, décernée par la Société d'horticulture du Rhône.

1900. 25 avril. Diplôme d'honneur à Vienne (Autriche), même date. Grande médaille d'or à Budapest.

1900. 27 avril, 1er prix. Médaille de l'Etat, à Dresde (Allemagne).

Ces trois dernières récompenses ont été accordées pour des sujets forcés en serre.

Soleil d'or sera le digne pendant des belles roses que M. Pernet-Ducher a obtenues ces dernières années et parmi lesquelles nous citerons au hasard: Beauté Inconstante, Madame Caroline Testout, Antoine Rivoire, Beauté Lyonnaise, Ferdinand Batel, Ferdinand Jamin, Hippolyte Barreau, L'Innocence, Madame Abel Chatenay, Mademoiselle Helléna Cambier, Marquise Litta de Breteuil, Souvenir de Madame Eugène Verdier, Souvenir du Président Carnot, Souvenir de Madame Ernest Cauvin, Monsieur Bunel, Madame Ravary, etc.

Toutes nos félicitations M. Pernet-Ducher qui, grâce à sa persévérance nous réserve encore d'agréables surprises pour l'avenir.