Bulletin du Jardin botanique de l'État a Bruxelles. Vol. 14, Fasc. 3 (1937), pp. 289-292
LE ROSA BLANDA AIT. COMPARÉ AU ROSA CINNAMOMEA L.
G. A. BOULENGER

On admet depuis longtemps qu'une affinité très grande relie certaines Roses de l'Amérique du Nord à d'autres du Nord de l'Asie, on est même d'accord pour reconnaître l'identité spécifique dans le cas du Rosa acicularis (N.-E. de l'Europe, tout le Nord de l'Asie et de l'Amérique) ainsi que du R. rugosa (N.-E. de l'Asie, Alaska). Dans un travail qui précède celui-ci, j'ai exprimé l'opinion qu'il est à peine possible de séparer du R. gymnocarpa d'Amérique le R. Fargesiana du Nord de la Chine; si la distinction spécifique s'impose encore, par suite de l'imperfection de nos connaissances de celui-ci, elle n'en reste pas moins contestable.

En traitant du R. cinnamomea d'Asie, j'ai fait allusion à la question de la distinction spécifique du R. blanda d'Amérique et c'est cette question que je vais examiner ici, basant mes conclusions sur les riches matériaux fournis par l'Herbier Crépin, qui suffisent pour l'étude que j'avais en vue.

C'est surtout dans le revêtement des axes qu'il faut chercher des caractères pour séparer les deux espèces en question, tous les auteurs sont d'accord à ce sujet.

(1) En Suisse, à Randa (Valais), où j'ai examiné de grandes colonies de cette Rose, j'ai constaté que les aiguillons sur les rameaux sont loin d'être toujours géminés et peuvent être droits ou très faiblement courbés.

D'après Crépin, les aiguillons géminés sont toujours absents chez le R. blanda et cette affirmation a été répétée dans le synopsis tout récent fourni par Mme Erlanson, sans faire allusion à la var. geminata Schuette, dont elle avait parlé dans un travail précédent (1925) sur les Roses du Michigan. Mais l'expérience que j'ai acquise du genre Rosa me faisait douter de la constance absolue de ce caractère et, comme je m'y attendais, il ne m'a pas fallu longtemps pour trouver des exceptions, — j'en ai même relevé sept cas parmi les spécimens déterminés R. blanda par Crépin lui-même. Certes, ce sont des exceptions, mais il ne faut pas perdre de vue que le R. cinnamomea, type des Cinnamomeae de Crépin, à « aiguillons ordinairement régulièrement géminés », peut montrer des exceptions en sens inverse, aussi bien en Europe (1) qu'en Asie; de telles exceptions, de part et d'autre, sont de nature à embarrasser quiconque cherche à déterminer des spécimens isolés dont la provenance est inconnue, il convient donc de ne pas les passer sous silence.

Vient ensuite l'absence fréquente de toute armature sur les rameaux du R. blanda. Dans sa clef analytique des Roses de l'Ouest des Etats-Unis (Bot. Gaz. XXII. 1896), Crépin se contredit, car à la p. 32 il dit: « Flowering branchlets more or less setigerous, with scattered setaceous prickles » et à la p. 33: « normal flowering branchlets with prickles more or less rare » il n'est plus question de « setaceous prickles »; on retrouve, il est vrai, le R. blanda dans la même clef, division à « flowering branches unarmed », nous conduisant aussi au R. gymnocarpa, qui, à l'inverse du R. blanda, n'est qu'exceptionnellement dans ce cas; la clef ne tourne pas bien dans la serrure. Crépin exprime mieux l'état des choses dans sa description détaillée de 1876 (Bull. Soc. Bot. Belg. XV, p.. 32) quand il dit: « ramuscules florifères presque toujours inermes, rarement chargés à la base de quelques aiguillons sétacés ». Il ne faut pas perdre de vue, cependant, que les rameaux florifères peuvent être inermes chez le R. cinnamomea, tant en Europe qu'en Asie et aussi en Amérique, où il a été naturalisé.

Crépin aurait dû ajouter que les aiguillons, quand ils existent, sont droits chez il R. blanda, ce qui se rencontre parfois chez le R. cinnamomea qui les a le plus souvent courbés ou crochus. Chez les deux espèces, l'armature des jeunes pousses rentre dans les catégories des trichacanthes ou des hétéracanthes.

Si l'on veut le faire consciencieusement, on peut exprimer comme suit l'état des choses:

R. blanda. Aiguillons sur les rameaux droits, épars, très rarement géminés, le plus souvent absents.

R. cinnamomea. Aiguillons sur les rameaux plus ou moins courbés ou crochus, mais parfois droits, le plus souvent géminés, rarement absents.

Avec de telles définitions, qui seules sont l'expression de la vérité, on comprend l'hésitation qui se présente pour la détermination de certains échantillons et c'est ce que je constate en examinant les spécimens de l'herbier belge du Jardin Botanique de Bruxelles, rapportés tantôt au R. blanda tantôt au R. cinnamomea, tous deux échappés de jardins ou plus ou moins naturalises en Belgique.

Ya-t-il dans le feuillage des caractères qui puissent venir en aide dans les cas de déterminations difficiles, comme il s'en produit tant? Je n'en connais pas, car celui signalé par Crépin, folioles plus atténuées à leur base chez le R. blanda, ne présente aucune constance et, en parcourant les descriptions des auteurs, je n'en trouve qu'un seul auquel on serait tenté d'attacher de l'importance. C'est celui tiré des stipules, mentionné par Lindley pour le R. cinnamomea et reproduit sans critique par la plupart de ses successeurs; pour me servir de la définition de Crépin, « les bords inférieurs des ailes stipulaires sont enroulés de façon à former une sorte de gaine », mais cet auteur ajoute que « malheureusement, on ne petit constater cette différence que sur le vif », et ayant pu examiner un très grand nombre de buissons dans le Haut Valais, j'ai rencontré énormément d'exceptions.

L'inflorescence ne fournit aucun caractère, distinctif des deux espèces, si ce n'est qu'elle est plus souvent en corymbes chez le R. blanda.

J'avais commencé le relevé des caractères numériques de divers organes, comme je le fais toujours sur tous les spécimens avant de procéder à une description d'espèce, mais je n'ai pas tardé à abandonner ce travail fatigant, m'apercevant qu'il n'aurait rien donné.

Les deux espèces sont parmi les plus précoces dans la floraison et le nombre des chromosomes, 14, est identique.

Le R. blanda habite le Canada et le Nord-Est des Etats-Unis; il ne s'étend pas à l'Ouest au delà de Manitoba et de Dakota, un large hiatus sépare donc son aire de celle du R. cinnamomea.

Le résultat de l'étude laquelle je me suis livré est que les deux espèces qui en out été l'objet ne sont que difficilement séparables et que si leur distinction n'a jamais été contestée, on trouve l'explication de ce fait dans leur distribution géographique. Je pense que Crépin avait raison de croire que ces deux espèces peuvent avoir en un même type ancestral, que nous sommes ici en présence d'un cas de convergence, et qu'il y a lieu de considérer le R. blanda et le R. cinnamomea, tous deux diploïdes, comme dérivés directement, l'un à l'Est, l'autre à l'Ouest, du R. acicularis, hexa­ ou octoploide et circumpolaire. Encore un argument en faveur des vues que j'ai exprimées l'an dernier (Annales Soc. Sc. Brux. LVI. 1936, p. 240) au sujet des nombres de chromosomes par rapport à la dérivation des espèces dans le genre Rosa.

En terminant, un avertissement au sujet du caractère tiré de la disposition des aiguillons qui a reçu le nom de Diacanthie et auquel on a eu trop souvent recours pour la classification. Crépin en a beaucoup exagéré l'importance et dans son premier travail sur les Roses d'Amérique, en 1876, cité plus haut, le R. blanda et le R. cinnamomea se trouvaient placés dans deux sections différentes, selon l'absence ou la présence d'aiguillons géminés: Alpinae et Cinnamomeae. Ces sections ont été réunies plus tard par lui, après avoir constaté la présence fréquente d'aiguillons géminés chez le R. alpina. Il avait aussi saisi l'affinité qui relie le R. blanda au R. cinnamomea, sans avoir encore pu s'affranchir de l'obsession de l'armature, dans laquelle il croyait trouver un caractère absolu pour la distinction des deux espèces. Bref, la diacanthie est un caractère dont il faut se méfier pour la conception des espèces et je ne m'en suis servi que très rarement pour mes clefs analytiques, toujours avec les restrictions qui s'imposent. Pour montrer quel point il est possible de faire fausse route en faisant usage des clefs des auteurs, je citerai le cas présenté par la revision des Roses américaines de Rydberg dans le North American Flora, XXII, 1896, dans laquelle, par suite de la répartition selon l'armature des axes, le R. blanda est numéroté 54 dans la liste des espèces et le R. cinnamomea (sous le nom de R. spinosissima L.) 71.

Le Rosa blanda Ait. comparé au Rosa cinnamomea L.
G. A. Boulenger
Bulletin du Jardin botanique de l'État a Bruxelles
Vol. 14, Fasc. 3 (1937), pp. 289-292

Boulenger Bibliography

Bulletin du Jardin botanique de l'État a Bruxelles. Vol. 14, Fasc. 3 (1937), pp. 289-292.
ROSA BLANDA AIT. COMPARED TO ROSA CINNAMOMEA L.
G. A. BOULENGER

It has long been accepted that a high affinity connects some of Roses from North America to others of northern Asia, we even agreed to recognize the specific identity in the case of Rosa acicularis (N.-E. Europe, all of Northern Asia and America) and the R. rugosa (NE Asia, Alaska). In a work that precedes this, I expressed the opinion that it is hardly possible to separate the R. gymnocarpa of America from R. Fargesiana of North China; if the specific distinction must be even, due to the imperfection of our knowledge of it, it remains questionable.

When dealing with R. cinnamomea of Asia, I alluded to the issue of the specific distinction of R. blanda of America and it is this question that I will discuss here, basing my conclusions on the rich materials provided by Herbarium Crépin, which suffice for the study I had in view.

It is especially in the coating of axes to look for characters to separate the two species in question, all the authors agree about this.

(1) In Switzerland, Randa (Valais), where I examined large colonies of the Rose, I found that the prickles on the branches are far from always being paired and can be straight or very slightly curved.

According Crépin, the paired prickles are absent in R. blanda and this statement has been repeated in the synopsis recently provided by Ms. Erlanson, without referring to the var. geminata Schuette, which she had spoken of in a previous work (1925) on the Michigan Roses. But the experience I have gained of the genus Rosa made me doubt the absolute constancy of this nature and, as I expected, it did not take me long to find exceptions — I even identified seven cases among specimens determined as R. blanda by Crépin himself. While these are exceptions, yet we must not forget that R. cinnamomea, the type of Cinnamomeae of Crépin, with "prickles usually regularly paired" can show exceptions in reverse, both in Europe (1) and in Asia; such exceptions, on both sides, are likely to embarrass anyone seeking to identify isolated specimens whose origin is unknown, so we should not ignore them.

Then comes the frequent absence of any armature on the branches of R. blanda. In his dichotomous key of Western U.S. Roses (Bot. Gaz. XXII. 1896), Crépin contradicts himself because at p. 32 he said: "Flowering branchlets more or less setigerous, with scattered prickles Setaceous" and at p. 33: "normal flowering branchlets with prickles often more or less" is no longer a question of "Setaceous prickles"; we find, it is true, R. blanda in the same key, division "flowering branches unarmed," also leading us in the R. gymnocarpa which, unlike the R. blanda, only exceptionally in this case; the key will not turn out well in the lock. Crépin better expresses the state of things in his description of 1876 (Bull Soc Belg Bot XV, p. 32) When he says: "flowering twigs almost always unarmed, rarely loaded at the base of a few setaceous prickles". We must not lose sight, however, that the flowering branches are spineless in R. cinnamomea, both in Europe and Asia and also in America, where it was naturalized.

Crépin should have added that prickles, when they exist, are straight in R. blanda, which is sometimes found in R. cinnamomea that has often bent or crooked. In both species the armature of the young shoots coming within the categories of trichacanthes or hétéracanthes.

If one wants to do it conscientiously, the state of things can be expressed as follows:

R. blanda. Prickles on twigs straight, sparse, rarely paired, usually absent.

R. cinnamomea. Spines on the branches more or less curved or hooked, but sometimes straight, usually paired rarely absent.

With such definitions, which are only the expression of the truth, the hesitation that comes to determining some samples and this is what I see by examining the specimens of the Belgian Herbarium Botanical Garden Brussels, reported sometimes in R. blanda sometimes in R. cinnamomea, both escaped from gardens or more or less naturalized in Belgium.

Are there in the foliage of characters that can help in cases of difficult determinations, as it produces so much? I do not know, as that reported by Crépin, leaflets more attenuated at the base of R. blanda, shows no consistency and, crossing the descriptions of the authors, I can find only one to which one would attempted to attach importance. This is the one shot stipules mentioned by Lindley for R. cinnamomea and reproduced uncritically by most of his successors; to serve me the definition of Crépin, "the lower edges of the stipular wings are wound to form a kind of sheath," but the author adds that "unfortunately, there is little that difference on the spot" and having able to examine a large number of bushes in the Upper Valais, I met a lot of exceptions.

The inflorescence provides no character, distinguishing the two species, except that it is more often in corymbs in R. blanda.

I started reading the numeric characters of various organs, as I always do on all specimens before making a species description, but I have been quick to abandon this tiring work, seeing for myselfthat it would have given nothing.

The two species are among the earliest in flowering and number of chromosomes, 14, is the same.

R. blanda lives in Canada and the Northeast United States; it does not extend to the west beyond Manitoba and Dakota, a wide gap thus separates the area from that of R. cinnamomea.

The result of the study which I have devoted myself is that both species were out in the object are not easily separable and if their distinction has never been challenged, we find the explanation of this fact in their geographical distribution. I think Crépin had reason to believe that these two species may have the same ancestral type, we have here a case of convergence, and that it is appropriate to consider the R. blanda and R. cinnamomea, both diploid as derived directly, one in the East, the other in the West, from R. acicularis, hexa- or octoploide and Circumpolar. Another argument in favor of the views I expressed last year (Annales Soc. Sc. Brux. LVI. 1936, p. 240) on the chromosome numbers in relation to the derivation of species in the genus Rosa.

Finally, a warning about the character from the disposition of prickles which received the name of Diacanthie and to which we had used too often for classification. Crépin has greatly exaggerated the importance and in its first work on American Roses, in 1876, cited above, R. blanda and R. cinnamomea were placed in two different sections, depending on the absence or presence of paired prickles: Alpinae and Cinnamomeae. These sections were collected later by him after finding the frequent presence of paired prickles of R. alpina. He also took the affinity that links the R. blanda to R. cinnamomea, without having been able to overcome the obsession with the armature, in which he expected to find an absolute character to distinguish the two species. In short, the diacanthie is a character that must be wary for the design of species and I have used it very rarely for my analytical keys, always with the restrictions that are necessary. To show how it is possible to go wrong by making use of the key authors, I will cite the case presented by the revision of American Roses of Rydberg in the North American Flora, XXII, 1896 in which, as a result of the distribution by axillary armature, R. blanda is number 54 in the list of species and R. cinnamomea (under the name of R. spinosissima L.) 71.