Prince Albert (Bourbon) [Seedling of 'Comice de Seine-et-Marne']

Flore des Serres 8: 157-158 (1853)

Louis van Houte

ROSE (ILE-BOURBON) PRINCE ALBERT, PAUL.

L'histoire de la souche primitive des Rosiers dits Ile-Bourbon n'est pas entièrement élucidée. Une opinion assez commune fait dériver cette race d'un semis opéré en 1819, par M. Jacques, de graines que cet horticulteur aurait reçues de M. Bréon, alors directeur des jardins royaux de l'île Bourbon. C'est d'un seul pied de Rosier trouvé par hasard dans une haie, parmi des Rosiers Bengale ordinaires et des Rosiers quatre-saisons, que M. Bréon aurait obtenu cette belle forme, par lui considérée comme une hybride entre les deux types auxquels elle se trouvait associée.

Telle est la version donnée par Loiseleur-Deslongchamps et rappelée avec la suivante, à titre de renseignement, dans un excellent article de M. Louis Chaix, que la Flore a reproduit dans ses colonnes (Ci-dessus, Tom. VII, p. 77).

Une autre version, celle de feu M. Pirolle, à peu près partagée par M. Chaix, fait venir le premier Rosier Ile-Bourbon en France, en 1823 ou 1824, non pas à l'état de graines, mais bien de pied tout formé, et le regarde, ainsi que les Rosiers Thé et Noisette, comme variété du Bengale.

Enfin M. Chaix, d'après des renseignements dont il n'indique pas la source, savait que le Rosier Ile-Bourbon est depuis longtemps cultivé aux îles Bourbon et Maurice, sous le nom d'Edwards, nom qu'il a porté dans les premiers temps de son introduction en Europe.

Frappé de ces contradictions et présumant, d'après le silence des botanistes explorateurs de l'île Bourbon (Commerson, Du Petit-Thouars, etc.) à l'égard d'une Rose aussi remarquable, que c'était là, non pas un produit indigène de la colonie, mais une plante naturalisée, M. Decaisne soumit ses doutes sur ce point à M. Richard, directeur du jardin colonial de Bourbon. De la réponse de ce dernier, à la date du 4 avril 1852, réponse publiée en décembre de la même année dans la Revue horticole, il résulte que le Rosier en question, trouvé, il y a bien des années, dans une habitation abandonnée de l'ancienne compagnie des Indes, à Bourbon, s'appelle encore, dans cette île, Rose Edouard (forme française d'Edwards), du nom de l'individu qui le découvrit le premier. M. Richard pense, d'ailleurs, qu'il s'agit en effet d'une variété importée, simple forme du Rosa indica de Linné, espèce dans laquelle De Candolle fait rentrer les Roses Bengale, les Thés, les Noisette, etc., et qui provient vraisemblablement de la Chine plutôt que de l'Inde.

«Le Rosier Edouard, ajoute M. Richard, vient partout ici (à Bourbon) où on veut le cultiver, dans les bas où il fait très-chaud, comme dans les hauts, sur les montagnes, ou il fait froid pendant une saison; il fleurit en tout temps et donne une fleur double d'une couleur rosée agréable ; je ne l'ai pas vu à fleurs simples. En 1834, j'avais déjà envoyé ce Rosier au Muséum; il paraît qu'il n'est pas arrivé vivant.»

En enregistrant ces détails, M. Decaisne les fait suivre d'importantes observations:

«Le renseignement fourni par M. Richard» écrit notre savant ami, « est précieux en ce qu'il démontre que le Rosier Ile-Bourbon n'est arrivé en Europe qu'assez récemment. En effet, les journaux d'horticulture se taisent absolument sur cette précieuse espèce; car si le Bon Jardinier enregistre en 1825 un Rosier Bourbon, il ne faudra pas le confondre avec celui qui nous occupe. Cette variété, signalée par M. de Pronville, a été obtenue à Bruxelles, par M. Symon, et classée parmi les Provins à fleur rouge violacée; c'est dans cette catégorie qu'elle est placée par Redouté. Ni le Bon Jardinier, ni les monographies de Rosiers, ni le Manuel complet du Jardinier de Noisette, publié en 1827, ne signalent la Rose île-Bourbon. Il faut remonter à d'autres années pour voir apparaître, au milieu d'une vingtaine d'autres, la variété que l'on regarde sans preuve, comme la souche des Rosiers Ile-Bourbon. On la trouvera classée parmi les Rosiers du Bengale.»

Ajoutons que M. Decaisne penche à considérer les vrais Rosiers Ile-Bourbon comme issus d'une espèce particulière, probablement d'origine chinoise et dont le type simple n'est pas encore découvert, si tant est qu'il se soit conservé.

Pour l'histoire des variétés principales de ce beau groupe de Roses, nous renvoyons à l'article déjà cité de M. Chaix, pressé que nous sommes d'arriver à l'objet spécial de cette notice.

La Rose Prince Albert, bien que décorée d'un nom britannique, est néanmoins une enfant de l'horticulture française. Née à Fontenay-aux-Roses, près de Paris, c'est-à-dire dans une terre classique pour ces aimables productions, elle est devenue, entre les mains de M. Paul, horticulteur de Cheshunt, propriété anglaise, dénationalisable et baptisable à merci. C'est d'après le recueil horticole «The Florist» que la Flore en reproduit le portrait. La plante est décrite comme d'un port assez trapu, à jets très-robustes et bien garnis d'un feuillage large, d'un vert très-riche. Elle produit habituellement ses fleurs en grands bouquets; mais au lieu de ramper sur le sol comme la Rose Madame Desprez, elle donne des pousses courtes et trapues, à l'instar de la Rose Comice de Seine-et-Marne, dont elle dérive vraisemblablement par voie de semis, bien que plus robuste, plus développée de proportions, plus vive en couleur et plus double. Sa taille naine jointe à la durée de sa floraison (de juin en novembre) la recommande pour massifs. La figure ci-jointe représente une fleur d'été; celles de l'automne sont d'une teinte plus foncée mais moins brillante. L. VH.