NOTICE SUR L'AMÉLIORATION DE LA CAROTTE SAUVAGE (1840)
P. P. A. Lévêque de Vilmorin

(Extract)

Voici l'historique de cette expérience:

En mars 1832, je fis à Verrières, près Paris, dans une terre douce et profonde, un premier semis de Carotte sauvage. Tout monta; je n'obtins aucune racine meilleure que celles des champs.

En 1833, le 26 avril, j'essayai ici, aux Barres (Loiret) où la terre est plus forte, un nouveau semis. Il leva fort clair, les plantes devinrent très fortes, mais toutes montèrent encore. Les racines étaient plus grosses que celles des champs; mais, je dirai, plus mauvaises par leur consistance et leurs fortes ramifications. Deux autres semis faits à Verrières, les l5 mai et 22 juin suivants, montèrent aussi en très grande partie, mais non pas totalement. Ils avaient levé clair, comme le précédent, mais surtout très inégalement et successivement; il germa des graines pendant tout l'été. Parmi ces plantes tardives, plusieurs ne montèrent pas, et cinq à six donnèrent des racines passablement charnues, d'environ un demi-pouce de diamètre et ressemblant à de fort médiocres carottes de jardins.

Ces racines, replantées le printemps suivant, produisirent des graines qui furent ressemées en 1835. Une partie considérable de ces semis monta encore, mais la proportion en fut beaucoup moindre que précédemment. La plante avait déjà subi un changement notable; lors de l'arrachage, ce lot présenta un cinquième environ d'assez bonnes carottes, petites et moyennes, peu chevelues, quelques-unes môme tout à fait nettes et bonnes. Cette seconde génération offrit un bon choix de porte-graines qui furent replantés et grainèrent en 1836.

En 1837, j'obtins de ces graines une troisième génération de racines très sensiblement améliorées; un bon nombre étaient fort grosses et charnues, quelques-unes dépassèrent le poids d'un kilogramme. Les plus volumineuses étaient, en général, grossières et défectueuses de forme; mais il s'en trouva d'autres parfaitement bonnes à tous égards et qui égalaient les meilleures carottes de jardin. Le rebut, dans ces semis, fut d'environ un tiers de racines fourchues, ramifiées, etc.; mais la plupart de celles—là étaient charnues et mangeables. Peu de plantes avaient monté, un dixième au plus. En 1838, je fis avec la même graine un semis assez considérable dans les champs, qui m'a donné également de très bons produits en majorité.

En 1839, j'ai élevé la quatrième génération. Les racines ont été, en général, moins grosses que celles de 1837, parce qu'elles ont eu beaucoup à souffrir de la sécheresse; mais la qualité de l'ensemble a été meilleure, la proportion des mauvaises beaucoup moindre, celle des plantes montées presque nulle.

Pour rendre plus sensible la marche progressive des principales modifications, j'en présenterai ici le résumé sous une autre forme, en y ajoutant quelques détails essentiels que j'ai omis à dessein, dans ce qui précède, pour éviter de trop nombreuses redites.

FORME ET VOLUME.

1re Génération. —1833; cinq ou six racines (sur un grand nombre) fort médiocres, mal faites, à peine moyennes, mais passablement charnues.

2e Génération. — Un cinquième environ de carottes moyennes et petites, passablement bonnes, quelques-unes même tout à fait bonnes. Elles étaient, en général, extrêmement allongées, dégrossissant trop vite et filées en longue queue de rat.

3e Génération. — La forme générale a été beaucoup moins allongée et les racines ont gagné considérablement en grosseur. Je parle de la masse, car il s'en est trouvé et il s'en trouve encore de très filées. Quelques-unes étaient demi-longues, de la forme à peu près de la carotte de Breteuil; la meilleure, replantée et ressemée séparément, a reproduit généralement cette forme. Dans cette génération, la proportion des bonnes a été des deux tiers environ.

4e Génération. — Quoique la masse ait été, comme je l'ai dit, moins grosse qu'à la génération précédente, il y a eu cependant encore amélioration dans la forme et lès proportions de la racine: la partie inférieure est plus nourrie; au total, c'était un meilleur échantillon. Le rebut sur cette récolte n'a été que du dixième à peu près.

COULEUR.

La couleur blanche et la jaune, ordinairement peu foncée, se sont montrées simultanément dès la petite récolte de 1833, et constamment, depuis, dans toutes les autres, la première est toujours dans une proportion plus forte. Les jaunes, replantées à part, donnent des blanches quelquefois en grand nombre, et réciproquement, il se trouve presque toujours quelques jaunes dans les semis de blanches (cette variation se remarque aussi dans quelques-unes des espèces anciennes, notamment dans la Breteuil). Le jaune franc ou foncé a commencé à se prononcer dans la récolte de 1837; mais il s'est très faiblement reproduit. Cette nuance est difficile à fixer; elle passe au citron, au blanc, quelquefois au rouge (orange) pâle.

Deux racines d'un violet terne ou lie-de-vin se sont trouvées dans le semis de 1835; elles se sont gâtées pendant l'hiver, et je n'ai pu en tirer race; il en a reparu deux ou trois autres en 1837, mais si mauvaises que nous les avons délaissées. Plusieurs avaient seulement le collet teint de la même couleur; parmi elles, une se trouva si fine et si franche que je l'ai replantée à part. Elle a redonné cette année un fort petit nombre d'individus du même caractère; mais ses produits, qui ont variés du blanc au citron, ont été, en général, excellents.

(1) La Carotte violette présente le même effet d'une manière encore plus remarquable; sous la couche corticale, qui est d'un violet foncé, on trouve quelquefois l'intérieur d'un beau jaune.

La couleur rouge s'est montrée, pour la première fois, à la troisième génération en 1837, et dans de très faible proportion, peut-être une sur 3 ou 400. Elle s'est, au contraire de la jaune, fixée tout de suite; les graines de ces premières racines ont reproduit cette année presque toutes carottes rouges plus ou moins foncées. Elles sont, en général, à surface grossière et rude. Une d'elles, que j'ai coupée, avait seulement la couche extérieure ou corticale rouge, la masse centrale était d'un jaune pâle (1).

DISPOSITION A MONTER.

(2) Lors de ces premiers essais, je voulus reconnaître si le retranchement des tiges aurait quelque influence favorable sur la racine : en conséquence, un certain nombre de plantes furent soumises à un pincement rigoureux et successif à mesure qu'elles voulurent monter; le retranchement se faisait un peu au-dessus du collet, avec le soin de conserver intactes les feuilles radicales. Ces plantes ne purent ainsi développer ni tiges ni rameaux florifères; mais les racines ne gagnèrent rien à cette suppression; elles n'étaient pas moins dures que celles des individus qui avaient monté librement et nous ont même paru, en général, plus ramifiées.

On a vu qu'au début les semis de mars et d'avril ont monté complètement et même ceux de mai et de juin en presque totalité (2). Cette disposition s'est affaiblie à chaque génération d'une manière très sensible et dans un rapport à peu près exact avec le grossissement de la racine. Aujourd'hui la Carotte sauvage est arrivée, sous ce rapport, au même point que les anciennes variétés; elle ne monte plus, ou du moins pas plus que celle-ci. Elle est devenue aussi franchement bisannuelle d'annuelle qu'elle était au point de départ.

 


Rough translation with the help of Babelfish and iGoogle

Here the history of this experiment:

In March 1832, I made in Verrières, close to Paris, the first wild Carrot sowing in a soft and deep ground. All went up (flowered); I did not obtain any root better than those of the fields.

In 1833, on April 26, I tried here, in the Barres (Loiret) where the ground is stronger, a new sowing. It raised strong clearly, the plants became very strong, but all still went up. The roots were larger than those of the fields; but, I will say, worse by their consistency and their strong ramifications. Two other sowings were made at Verrières, on May 5 and June 22 following, they also went up in very great part, but not completely. They had sprouted, like the precedent, but especially very unequally and successively; seeds germinated during all the summer. Among these late plants, several did not go up, and five to six gave passably fleshy roots, approximately a half-inch in diameter and resembling very poor carrots of gardens.

These roots, replanted next spring, produced seeds which were resown in 1835. A considerable part of these sowings still went up, but the proportion was much less than previously. The plant had already undergone a notable change; during lifting, the consignment presentation about a fifth of good enough carrots, small and medium-sized, slightly hairy, some even quite clean and good. This second generation offered a good choice of seed-bearers which were replanted and germinated in 1836.

In 1837, I obtained these seeds a third generation of roots very appreciably improved; a good number were extremely large and fleshy, some exceeded the weight of one kilogram. The bulkiest were, in general, coarse and defective of form; but it was of them others perfectly good in all connections and which equaled the best carrots of garden. The reject, in these sowings, was of approximately a third of forked roots, ramified, etc; but the majority of these were fleshy and edible. Few plants had gone up, a tenth at the maximum. In 1838, I made with same seed a rather considerable sowing in the fields, which also gave me very good products in majority.

In 1839, I raised the fourth generation. The roots were, in general, smaller than those of 1837, because they had to suffer much from the dryness; but the quality of the unit was better, the proportion of bad much less, that of the assembled plants almost null.

To make more sensitive the progressive walk of the principal modifications, I will present here the summary in another form, by adding some essential details that I omitted intentionally, in the preceding, to avoid too many repetitions.

FORM AND VOLUME.

1st Generation. — 1833; five or six roots (of a great number) extremely poor, badly made, hardly average, but passably fleshy.

2nd Generation. — a fifth approximately of average and small carrots, passably good, some even completely good. They were, in general, extremely lengthened, narrowing too quickly and spun in long rat tails.

3rd Generation. — the general form was much lengthened and the roots gained considerably in size. I speak about the mass, because it was some and it is some still very slipped by. Some were half-long, of about the shape of Breteuil; the best, replanted and resown separately, generally reproduced this form. In this generation, the proportion of good was approximately two thirds.

4th Generation. — Though the mass was, as I said, less large than with the former generation, there was however still improvement in the shape and the proportions of the root: the lower part is nourished; on the whole, it was a better sample. The reject on this harvest was only about one tenth.

COLOR.

The white and yellow, usually slightly darker, were shown simultaneously from early harvest of 1833 and continuously since then in all others, the first is still in a higher proportion. The yellow replanted separately, provide some quite white, and vice versa, it is almost always some yellow in seedlings of white (this variation is also evident in some of the old species, especially in the Breteuil). The pure or dark yellow began to predominate in the harvest of 1837; but it very slightly reproduced. This shade is difficult to fix; it passes to lemon, with the white, sometimes with the pale red (orange).

Two roots of a dull purple or wine color were in the sowing of 1835; they were spoiled during the winter, and I could not draw a race from them; it reappeared in two or three others in 1837, but they were so bad that we forsook them. Several had only the collar dyed of the same color; among them, one was so fine and so pure that I replanted it separately. It gave again this year a strong small number of individuals of the same character; but its products, which varied white with lemon, were, in general, excellent.

(1) The violet Carrot presents the same effect in a way even more remarkable; sometimes under the cortical layer, which is of dark purple, one finds the interior of a beautiful yellow.

The red color was shown, for the first time, with the third generation in 1837, and in very small proportion, perhaps one in 3 or 400. Contrary to the yellow, it was fixed immediately; the seeds of these first roots reproduced this year almost all more or less dark red carrots. They are, in general, coarse and hard surfaced. One of them, which I cut, had only the external or cortical layer of red, the central mass was of a pale yellow (1).

PROVISION TO BE GONE UP.

(2) During these first tests, I desired to learn if cutting off the stems would have some favorable influence on the root: consequently, a certain number of plants were subjected to a rigorous and successive pinching as they wanted to go up; the cutting off was done a little above the collar, with the care to preserve intact the radical sheets. These plants could thus develop neither floriferous stems nor branches; but the roots did not gain anything with this suppression; they were less hard than those of the individuals who had gone up freely and even appeared us, in general, more ramified.

It was seen that at the beginning sowings of March and April went up completely and even those of May and June in almost totality (2). This provision weakened with each generation in a very significant way and in an about exact ratio with the enlargement of the root. Today the wild Carrot arrived, under this ratio, at the same point as the old varieties; it does not go up any more, or at least not more than this one. It became as frankly bi-annual as it was annual in the beginning.

 


CybeRose Note: These results suggest that Dominance Modification may be involved. Compare the following case:

Plant Biology (23 July 2010)
Genetic and physiological analysis of biennialism in Hyoscyamus niger

Schläppi, M.

Abstract: A genetic and physiological study of biennialism in the diploid selfer Hyoscyamus niger (black henbane), an obligate long-day plant, is described. Three annual and two biennial accessions that were homozygous for their respective growth habits were selected. The early-flowering trait of two annual accessions was dominant over the late-flowering trait of the third annual accession. The late-flowering annual accession, but not the early-flowering ones, responded to vernalization. Two biennial accessions remained vegetative after more than 1 year in soil and thus had an obligate vernalization requirement. Crosses between annual and biennial accessions showed that biennialism was conferred through a single dominant gene. However, plants containing only one copy of this dominant gene were transformed from biennials into very late-flowering winter-annual plants that responded more rapidly to vernalization than biennials. Taken together, these results indicated that there were allelic differences in photoperiod-specific flowering time genes and that biennialism was a dose-dependent trait with incomplete dominance. Models for flowering time regulation in henbane involving photoperiod-, vernalization-, and most likely gibberellin-specific pathways are discussed.

Presumably, further selection could have created two distinct strains: Dominant Annual and Dominant Biennial, similar to Ford's results with the Currant Moth. Such would allow a population to shift to an annual habit where conditions are reliably favorable, and then back to biennial where conditions are unfavorable or unreliable and the plants need a season to build up a supply of carbohydrates and other nutrients needed for flowering and fruiting.